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Sport

"Cette Coupe du Monde ? Un virage pour le foot féminin !"

Gilles Fouache, entraîneur des gardiennes de l'Équipe de France féminine de football
Gilles Fouache, entraîneur des gardiennes de l'Équipe de France féminine de football
  • lehavre.fr : Quel est votre parcours ?

Gilles Fouache : Pensionnaire au centre de formation du HAC (1987-1993), je suis ensuite parti à Fécamp en National. J’ai intégré le CS Honfleur en tant que joueur puis en tant qu’entraîneur, avant de rejoindre Gacé en 2003. En 2007, je suis devenu cadre technique au District maritime et à la Ligue de Normandie, et, parallèlement, entraîneur de gardiens des Équipes de France de jeunes (U16 à U20). C’est un parcours atypique, riche de beaucoup d’expériences diverses aussi bien dans le milieu professionnel que chez les amateurs. Quand on est manager d’un club amateur, on touche à tout : non seulement le sportif pur mais aussi les ressources humaines ou la recherche de sponsors.

  • lehavre.fr : Et comment arrivez-vous dans le staff de l'Équipe de France féminine ?

G.F. : J’ai reçu un appel de Corinne Diacre en juin 2018. Son discours très clair m’a plu. Et disputer une Coupe du monde pour son pays, la vivre de l’intérieur, en plus en France, ça ne se refuse pas ! Je n’ai pas hésité longtemps, même si j’aimais beaucoup mon ancien poste. Désormais, j’ai une double mission : je suis détaché auprès de l’équipe de France féminine pour entraîner les gardiennes mais je suis aussi chargé par la Détection Technique Nationale afin de développer et d’uniformiser tous les projets mis en place autour du poste de gardien et gardienne.

  • lehavre.fr : Dans votre parcours, aviez-vous déjà été amené à œuvrer pour le football féminin ?

G.F. : Il y a quinze ans, à Gacé, j’avais fait le tour des écoles pour organiser un rassemblement de foot féminin. A l’époque, c’était très innovant et ça avait été un succès puisque 61 petites filles étaient venues. Grâce à cela, on avait créé une section féminine qui a perduré. Alors que Gacé est une petite ville de 2 000 habitants ! Puis, dans mon métier de cadre technique, je me suis attelé pendant dix ans à développer le foot féminin.

  • lehavre.fr : Le regard des gens sur ce football féminin a-t-il évolué ?

G.F. : Les clubs étaient parfois un peu réfractaires à créer des sections féminines, parce que cela implique d’avoir des encadrants supplémentaires, une nouvelle organisation d’occupation des terrains, d’autres vestiaires. Toutefois, ils ont finalement dépassé ces problématiques logistiques, car les petites filles sont de plus en plus demandeuses. Mais c’est surtout dans les familles que le regard a changé. Il y a vingt ans, une petite fille au foot, ce n’était pas forcément bien vu. Aujourd’hui, c’est presque le papa qui la pousse ! (rires) Parce qu’on en parle, parce qu’il y a une visibilité du foot féminin beaucoup plus grande aujourd’hui. Les jeunes filles s’identifient aussi aux joueuses de l’Équipe de France. Il y a eu une vraie volonté politique de la Fédération Française de Football de développer ce football féminin, qui est redescendue, via les ligues et les districts, vers les clubs. Cette évolution était logique, la France était un peu en retard par rapport à d’autres pays.

  • lehavre.fr : Les observateurs ont parfois tendance à comparer les footballs masculin et féminin. Qu’en pensez-vous ?

G.F. : On ne compare pas la même chose ! Les gardiennes font quinze à vingt centimètres de moins, sont différentes athlétiquement, et pourtant, elles gardent un but qui a les mêmes dimensions ! En revanche, ça reste le même sport. Une prise de balle reste une prise de balle, une sortie aérienne reste une sortie aérienne. Que ce soit à une fille ou à un garçon, tu lui apprends exactement de la même façon. C’est la même exigence dans le travail, la même exigence de haut niveau. Mais tu ne peux simplement pas comparer les performances et les athlètes. C’est comme si tu alignais une femme et un homme sur une course de cent mètres et qu’à l’arrivée tu râlais en disant que ce n’est pas normal, que la femme va moins vite, etc. Mais j’aborde mon entraînement de la même manière que quand j’entraînais les garçons. D’ailleurs, elles méritent que tu mettes la même exigence dans ta préparation de travail, dans la qualité de tes frappes, dans la force, parce que ce sont des joueuses de haut niveau, des professionnelles, donc nous, les coaches, nous devons avoir la même approche professionnelle qu’avec un gardien de haut niveau français. Ces filles sont très à l’écoute, ont l’envie de progresser, le sens du travail bien fait.

  • lehavre.fr : Dans le cadre du développement du foot féminin, qu'attendez-vous de la Coupe du monde ?

G.F. : L’événement est en train de prendre une forte ampleur, notamment depuis notre venue au Havre en janvier dernier avec ce stade plein. On sent l’engouement médiatique. C’est un sacré coup de projecteur sur le haut niveau pour le grand public et certainement un virage dans le développement du football féminin en France.