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Entretien
Culture

Chaunu, toujours vivant !

Le dessinateur de presse expose au Carré du THV
Chaunu, toujours vivant ! Le dessinateur de presse expose au Carré du THV

Le Carré du THV présente du 5 mars au 2 avril 2016, une exposition consacrée au dessinateur de presse Emmanuel Chaunu. Plus de quatre-vingt de ses meilleurs dessins sont à découvrir dans « Chaunu, toujours vivant ! ». Immanquable !

  • lehavre.fr : Pourquoi ce titre « Chaunu, toujours vivant » ?

Emmanuel Chaunu : C’est un clin d’œil à tous les dessinateurs de presse, à la suite des attentats du 7 janvier 2015, puis du Bataclan… qui rappelle que le dessin de presse a toujours été le témoin de l’Histoire. Ce titre, c’est parce que c’est un métier qui demande d’être vivant jour après jour. C’est un métier futile mais qui demande de trouver des idées en permanence. C’est un métier qui ne sert à rien, mais qui exige de l’énergie, beaucoup de vie.
« Toujours vivant », parce que c’est peut-être un peu risqué aujourd’hui d’être dessinateur de presse. Ce dépend sur quel support, ça dépend ce qu’on dessine, mais il y a une lecture du dessin de presse qui n’est plus forcément bienveillante, parfois par manque de connaissance. Pourtant cela fait partie de la liberté d’expression et de notre capacité à pouvoir rire, y compris d’événements compliqués ou durs.

  • lehavre.fr : Ce n’est donc pas un métier qui ne sert à rien…

E.C. : Personnellement, j’adore cette idée de l’art qui ne sert à rien ! Les grandes civilisations sont celles qui ont utilisé l’art comme quelque chose qui incarnait la subtilité, l’intelligence. Servir à quelque chose… pas forcément. Il y a des journaux qui se passent très bien de dessins de presse. Je travaille dans l’un des plus grands quotidiens de France (Ouest France) qui s’est passé de dessin de presse pendant des années. Est-ce que pour autant il a été moins lu ? Je ne crois pas.
Si je dis que ça ne sert à rien, ce n’est pas par fausse modestie. Le dessin de presse est un plus qui est adossé à toute une complexité. Je ne suis pas pour réduire la caricature à son élément le plus saillant. Avec les événements du 7 janvier, on l’a isolée, alors que, pour moi, elle fait partie d’un ensemble, elle vit dans un journal.

  • lehavre.fr : Votre métier est notamment associé à la presse écrite. Aujourd’hui, il est question d’exposer vos dessins. Comment l’abordez-vous ?

E.C. : J’aime surtout être accroché dans une petite salle d’exposition qui s’appelle le papier… sur lequel on épluchera ensuite les carottes ! J’adore cette idée-là !
Plus sérieusement, je suis très honoré d’être exposé au Havre. J’aime cette ville. Je la vois de l’autre côté de la rive et je la trouve étonnante. Le Havre est l’incarnation du Phénix, véritable laboratoire d’idées pour les architectes de l’époque. Elle a été complexée, caricaturée… et c’est pourtant une ville absolument fascinante, classée au patrimoine mondial par l’Unesco. Elle ne laisse pas indifférent. De la même manière, la caricature ne doit pas laisser indifférent.

  • lehavre.fr : Comment êtes-vous devenu dessinateur de presse ?

E.C. : Je suis fils d’historien. Je suis né en 1966 au milieu de livres, de statistique. L’image avait alors quelque chose d’exotique. Le désir de recréer des images est venu avec l’écoute de la radio. Inconsciemment - c’est très freudien - je me suis dit « je vais dessiner ». A l’âge de 7 ans, je tombe sur un dessin à la une d’un grand quotidien. C’était Mitterrand en toréador et Georges Marchais en taureau. C’était au moment du programme commun, alors que les socialistes essayaient d’avoir les communistes pour remporter les élections. Je me suis dit : « mais quel est le type qui a autorisé ce mec à faire un petit « mickey » ? Je ne comprenais pas tout à la politique, mais cette idée de faire un dessin de presse humoristique au milieu de trucs très sérieux, ça m’a fasciné. Le plus beau dessin est celui qui est proche des mots et entouré de la vérité, de l’information dans sa fonction première. Autoriser quelqu’un à faire un dessin d’humour, c’est considérer qu’on ne peut pas aborder l’information réelle sans avoir une part de déformation, de satire. C’est aussi ça, le propre de la démocratie.
Le déclencheur pour moi c’était : « Qui a autorisé ce type à faire un dessin d’humour au milieu d’un truc sérieux ? Quel est le gamin qui traîne au milieu du monde des adultes ? Aujourd’hui, c’est un peu moi, ce petit enfant…

  • lehavre.fr : Vous souvenez-vous de votre première collaboration avec un journal ?

E.C. : Ma première collaboration était dans la presse quotidienne régionale (PQR), pour La Manche Libre, à Saint-Lo. Encore une ville détruite ! Entièrement, il n’y a même pas un palais de justice comme au Havre, une cathédrale dans la rue de Paris… La Manche Libre est l’un des rares journaux indépendants en France. Ensuite, j’ai été repéré par Ouest-France lors du concours de plaidoiries au Mémorial de Caen. J’ai toujours été dessinateur en région. Je fais des dessins depuis 1986, avec une spécialité qui est le dessin de proximité. L’aventure la plus fantastique, ce n’est pas forcément celle qui vous fait dessiner des choses universelles. Le dessin de presse sur un tout petit territoire fait que les gens s’approprient quelque chose qui est de leur quotidien. L’idée est de mettre le dessin dans l’espace de la ville. Et ça vit !