Entretien
Solidarité

« De l'écoute, avant tout »

Elisabeth Macquoy, William Omari et Philippe Ryckelynck, Association nationale des visiteurs de prison
Elisabeth Macquoy, William Omari et Philippe Ryckelynck, bénévoles de Association nationale des visiteurs de prison

L'Association nationale des visiteurs de prison – ANVP, reconnue d’utilité publique, regroupe 1 200 bénévoles. Elisabeth, William et Philippe, sont membres de l’antenne havraise et interviennent au Centre pénitentiaire du Havre à Saint-Aubin-Routot.

  • lehavre.fr : Pourquoi êtes-vous devenu visiteur de prison ?

Elisabeth Macquoy : Je suis infirmière, toujours en activité. J’avais du temps libre à partager, et c’est ma fille, par sa profession, qui m’a sensibilisée au milieu carcéral. Je suis visiteuse de prison depuis 6 ans.
William Omari : Aujourd’hui retraité, j’étais juriste dans une compagnie pétrolière. Parallèlement à ma carrière, je me suis toujours investi dans le monde associatif, notamment les Restaurants du Cœur, où j’ai rencontré des personnes en précarité impactées par le milieu carcéral. Je suis visiteur de prison depuis 4 ans, et ce qui m’a motivé au départ, c’est d’aller vers l’individu.
Philippe Ryckelynck : Membre d’associations parallèlement à ma carrière d’ingénieur, je souhaitais une retraite active et utile socialement. C’est en voulant rendre visite à l’un de mes amis d’enfance incarcéré que j’ai découvert l’ANVP.

  • lehavre.fr : En quoi consiste votre activité ?

P.R. : Le principe de notre intervention est de maintenir, voire de recréer le lien social ; ce lien est fondamental à la sortie de prison. C’est l’administration pénitentiaire (AP) qui affecte à un bénévole  les personnes détenues parmi celles qui en ont fait la demande, trois en moyenne par visiteur. Les visites sont en général hebdomadaires. Un engagement réciproque de régularité lie le visiteur et la personne visitée. Cet engagement est déjà socialisant en soi.
E.M. : Chacun est libre de suspendre ou d’arrêter temporairement ce pacte moral. Il n’y a pas « d’obligation de résultat ». C’est comme dans la vie : la relation fonctionne ou pas.
W.O. : Précision importante : nous n’intervenons pas au niveau de la réinsertion, qui est du ressort du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP).

  • lehavre.fr : Comment se déroule une visite ?

P.R. : C’est avant tout une relation humaine basée sur l’écoute, qui se construit en fonction de besoins spécifiques. Une visite dure environ 45 minutes, et a lieu en « parloir avocat », en tête-à-tête.
W.O. : Les premières conversations, on fait connaissance. Les sujets évoqués sont divers : la famille, la vie en détention… Les personnes détenues nous parlent plus de leurs souffrances car elles protègent leurs proches (lorsqu’elles reçoivent leur visite). Comme visiteur, je suis là pour être « ailleurs » avec elles, je n’ai pas de position à avoir par rapport aux causes de leur détention. Ces motifs ne sont pas connus du visiteur d’ailleurs, qui est informé uniquement du nom et du prénom, parfois de la date de naissance, de la personne visitée.
E.M. : Nous sommes tenus au secret de ce que nous entendons, mais nous avons obligation de rapporter toute information relative à la sécurité de la personne détenue, d’un tiers, ou de l’établissement. Par ailleurs, nous ne sommes pas autorisés à introduire ou à sortir de bien matériel, un livre ou une lettre par exemple. Notre échange avec la personne détenue est purement verbal.

  • lehavre.fr : Quelles sont les étapes pour devenir visiteur de prison ?

P.R. : Tout commence avec une lettre de motivation. Puis un agrément, renouvelable tous les deux ans, est nécessaire. Il est délivré au terme d’une interview avec le SPIP, qui évalue nos compétences et nos capacités. Le futur visiteur fait également l’objet d’une enquête des services de police ou de gendarmerie.
E.M. : Une formation accompagne le visiteur de prison. Elle est organisée par l’ANVP et le SPIP et s’oriente principalement autour de l’écoute.
W.O : Les intervenants en sessions de formation sont toujours chevronnés : des visiteurs de prison, des membres de l’administration pénitentiaire, des experts… En ce qui concerne l’antenne havraise, les huit bénévoles se rencontrent tous les trois mois.

  • lehavre.fr : Dans quel cadre juridique et administratif se déroule votre mission ?

P.R. : L’ANVP et l’AP sont liées par une convention triennale, qui se double d’une subvention publique pour l’ANVP. Au niveau local, des groupes de paroles réunissent régulièrement les visiteurs de prison. Ils sont animés par un psychologue, dont l’intervention est financée par la Ville du Havre. Côté juridique, la base, c’est le code de procédure pénal. La charte des visiteurs de prison reprend les articles concernés et le code de déontologie du service public pénitentiaire.

  • lehavre.fr : Pour conclure, que faut-il retenir de votre activité ?

W.O. : Le visiteur est dans l’empathie, tout en gardant distance et lucidité. Il faut s’attendre à vivre des émotions fortes les premiers temps : on pénètre un monde inconnu, fermé, où on est soumis à des règles. Certaines visites sont perturbantes, mais faire partie d’une équipe est d’un grand soutien.
E.M.  : L’écoute est centrale. Elle demande une grande disponibilité psychologique. Être visiteur de prison, c’est exigeant mais très enrichissant. On a le sentiment de faire quelque chose qui a du sens. Pour celles et ceux qui sont en prison, nous sommes une fenêtre ouverte sur l’extérieur.
P.R. : Actuellement, certaines personnes détenues souhaitent des visites mais leur demande ne peut être satisfaite. Notre association sollicite donc de nouveaux bénévoles.

Contacter l’ANVP au Havre : pccjm@outlook.fr