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Edouard PHILIPPE, Premier ministre : "Le temps du sursaut est venu"

Assises Economie de la mer, Le Havre, les 21 et 22 novembre 2017
Le Premier ministre Edouard PHILIPPE lors des Assises Economie de la mer, au Havre le 21 novembre 2017

Organisées pour cette édition 2017 au Carré des Docks du Havre, les Assises Economie de la mer sont le principal rendez-vous de la communauté maritime française, qui réunit des personnalités de haut rang. Ainsi, après le discours d’introduction de Luc LEMONNIER, maire du Havre et président de la CODAH, et celui d’Hervé MORIN, président de la région Normandie, le Premier ministre Edouard PHILIPPE a longuement développé sa vision de la vocation maritime de la France.

Après avoir confié son attachement affectif à la mer, "au Havre, le large est notre raison d’être. […] Dans ma famille, la mer était une profession. Elle était une passion. Ce que j’exprime n’est pas récent. Ca fait 500 ans que ça dure", le chef du gouvernement a rappelé l’une des raisons de sa présence devant les professionnels de la mer : la réunion vendredi 17 novembre, à sa demande, d’un Comité interministériel de la Mer (CIMER), "pour la première fois dans les six premiers mois d’un quinquennat".

Entrant ensuite dans le vif du sujet, "la France n’a pas un trafic portuaire à la hauteur de sa façade maritime, de son marché intérieur et de sa place en Europe", Edouard PHILIPPE a lancé le défi de faire de la France une véritable puissance maritime, "l’une des grandes portes de l’Europe continentale". "Je ne m’habitue pas à l’idée qu’Anvers soit le premier port de France. […] Quand on aime son pays, quand on aime ses ports, quand on aime ses dockers, on se dit que le temps du sursaut est venu", pointant ainsi le retard de la France par rapport aux ports de l’Europe de Nord.

La définition d’une stratégie portuaire forte

Le Premier ministre a rappelé que ce sursaut ne serait pas envisageable sans une stratégie portuaire forte reposant sur la complémentarité, la compétitivité et l’amélioration de la fluidité du passage portuaire.
La complémentarité envisagée est celle de trois systèmes portuaires ayant un intérêt européen et international et qui "pour cette raison, doivent demeurer dans le giron de l’Etat" : l’axe Seine du Havre à Paris, l’axe Rhône de Marseille à Lyon, l’axe Nord en coordination entre Dunkerque et Calais. "Sur l’axe Seine, je ne vois qu’un seul port. Un port qui commence à la digue Sud et qui continue jusqu’au Pont-Neuf, à Paris, voire bien au-delà." Les conclusions d’une mission sur le développement de la vallée de la Seine seront rendues avant la fin du mois de février 2018.
Le deuxième système est celui de Marseille qui, pour remplir pleinement sa puissante vocation méditerranéenne doit notamment "pénétrer profondément dans les terres, vers le Nord, le long du Rhône et de la Saône jusqu’à Lyon". Le troisième est celui du grand port français de l’activité transmanche : Dunkerque qui, en compétition directe avec les grands ports de la mer du Nord, "doit devenir notre tête de pont sur cet axe".
D’autres ports en métropole ont une vocation nationale mais ne se situent pas sur les grands axes de trafics mondiaux. Pour en assurer le développement, "l’échelon pertinent est celui de la Région". Une mission de concertation sera lancée prochainement pour en étudier la gestion "dans la confiance et le respect des particularités".

Compétitivité et fluidité du passage portuaire

En matière de compétitivité, le chef du gouvernement souhaite donner de la visibilité aux ports français, notamment en matière de charges fiscales, mais aussi simplifier les démarches en revoyant les règles de la domanialité publique et les pratiques des ports pour sécuriser les investisseurs et optimiser l’utilisation du domaine portuaire.
Le dernier axe – l’amélioration de la fluidité du passage portuaire – est un enjeu particulièrement important pour le port du Havre. "Les ports ont besoin de la mer. Ils ont aussi besoin de la terre, plus précisément du rail et des fleuves. Les collectivités du Nord ont choisi le fleuve, avec le Canal Seine-Nord. Elles travaillent, avec l’État, à définir des modalités de financement acceptables. L’important, c’est d’en faire un succès pour nos ports, pour nos fleuves et pour nos territoires. Ici au Havre, on a le fleuve et on a le rail. Je sais que l’amélioration de l’accès fluvial à Port 2000 est ici dans toutes les têtes. Une concertation publique est en cours. Si elle conclut qu’il suffit d’optimiser l’organisation actuelle, nous le ferons. Si elle conclut qu’il faut étendre le terminal multimodal, nous le ferons. Et si elle conclut qu’il faut faire la chatière, je le dis : l’État prendra ses responsabilités et nous le ferons. Quant au rail, l’État investit dans la modernisation de la ligne ferroviaire entre Serqueux et Gisors pour une amélioration de la desserte dès 2020. Au-delà de ces deux exemples, l’Etat doit soutenir partout le transport combiné ferroviaire et fluvial."

Les travailleurs de la mer

A terme, Edouard PHILIPPE fait le vœu de ne plus avoir trois ports nationaux, mais un seul et même port français avec trois portes d’entrée. "L’Etat peut fixer les objectifs, il ne pourra obtenir des avancées décisives sans le concours des professionnels." Ces professionnels, ce sont notamment les travailleurs, artisans, navigateurs et ouvriers qui "s’adaptent, se réinventent, s’allient et se restructurent". Pour cela, le chef du gouvernement souhaite défendre sans relâche la pêche française, soutenir l’innovation de la flotte marchande battant pavillon français et encourager la structuration du nautisme et de la plaisance, secteur français particulièrement compétitif. "Cette filière, comme les autres, c’est l’économie maritime de demain. […] La mer offre de magnifiques métiers. Elle offre surtout des milliers de bonnes volontés qui n’ont qu’une envie : transmettre."

Faisant référence aux enjeux de l’apprentissage et de la formation professionnelle, le Premier ministre s’est adressé aux plus jeunes. "Embarquez-vous et embarquez la France avec vous !" Incitant à prendre la mer, après avoir pris le chemin de l’école, notamment celui de l’Ecole nationale supérieure maritime (ENSM). "C’est pourquoi, nous voulons donner un nouvel élan à l’ENSM, l’Hydro ici pour les intimes, à l’occasion de l’adoption de son nouveau contrat d’objectifs et de performance." Cet élan se traduirait par des rapprochements de services sur les sites existants mais aussi avec d’autres écoles pour proposer des enseignements ou des programmes de recherche communs. "Je suis favorable à la réforme du statut de l’ENSM pour qu’elle entre dans le domaine de droit commun des écoles de l’enseignement supérieur, tout en gardant son esprit maritime."

En conclusion, Edouard PHILIPPE a fixé des indicateurs de réussite simples : "Nous aurons réussi quand – disons 70% - des habits et des objets que vous utiliserez au quotidien auront transité par un port français. […] Nous aurons réussi quand le développement de notre économie maritime sera 100% compatible avec le fonctionnement des océans. […] Nous aurons réussi quand les métiers, les filières que j’évoquais pourront accueillir les intelligences, les bras et le courage de jeunes Français fiers de leur histoire maritime. Nous aurons réussi quand la France ne se définira plus comme des terres, continentales et insulaires, entourées de mers. Mais comme une terre, une seule et même terre de France, entourant toutes les mers".