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Culture

Elisa Moris Vai, photographe et vidéaste, expose dans le cadre de l’évènement « Esclavage, mémoires normandes »

Avec Récit national, la photographe et vidéaste Elisa Moris Vai apporte un regard contemporain et vivant sur la place des descendants de personnes esclaves dans la société française. Et pose la question de la transmission de notre Histoire…

Publié le 05/06/2023

  • lehavre.fr : Quel est votre parcours d’artiste jusqu’à la série ?

Elisa Moris Vai : Mon parcours est original puisque j’ai décroché un master Arts du spectacle à l’université libre de Bruxelles pour travailler autour des arts scéniques. Photographe depuis mon adolescence, j’ai ensuite souhaité me former aux arts plastiques et plus spécifiquement développer ma technique photographique, notamment en studio, afin de pouvoir mener le projet qui me tenait à coeur.

  • lehavre.fr : Il s’agit du projet présenté dans le cadre de l’exposition « Esclavage, mémoires normandes »...

E. M.V. : Récit national est né suite à la visite de nombreux musées historiques de la côte Atlantique. Passionnée d’histoire, j’ai remarqué partout la présence de portraits de personnalités du XVIIIe siècle, tels des armateurs ou des industriels qui s’étaient enrichis par la traite négrière ou les activités économiques qui en découlaient. J’ai réalisé l’ampleur de l’influence de ce commerce dont les « bénéfices » s’observent également dans l’architecture des villes concernées. Comme ma pratique tourne autour de l’image, ces tableaux – et leur coût traduisant la fortune de leurs commanditaires – m’ont interpelée. À cette démonstration de pouvoir et de richesse, j’ai voulu apporter un contrepoint par l’image.

  • lehavre.fr : Comment avez-vous procédé ?

E. M.V. : En me demandant à qui pouvait aussi revenir cette prospérité. Du coup, j’ai lancé un appel aux hommes et femmes se reconnaissant comme descendants de personnes esclaves, ce qui a abouti à dix rencontres et autant de portraits réalisés entre 2019 et 2020. D’emblée, j’ai souhaité que leurs portraits renvoient directement aux codes de ceux du XVIIIe siècle, avec leur encadrement typique, leurs poses. À chacun des dix portraits studio correspond une vidéo tournée en extérieur, dans un lieu choisi par le témoin, avec en bande-son l’enregistrement de son témoignage. Il me semble ainsi combler une lacune dans notre vision de l’Histoire et dans sa transmission muséale.

  • lehavre.fr : D’où le titre de la série ?

E. M.V. : Récit national interroge en effet la transmission des idées véhiculées par les récits figurés au sein des musées historiques. Cette question est d’ailleurs d’actualité dans les institutions. L’accueil que ces dernières réservent à la série est excellent et je suis ravie de sa présentation au Havre. Si mon travail a déjà voyagé sous diverses formes, notamment au Royaume- Uni où il a reçu des prix, c’est la première fois qu’il est montré dans son intégralité en France !

  • lehavre.fr : Vous pose-t-on la question sur votre légitimité ou sur les raisons qui vous ont orientée vers la réalisation de cette série ?

E. M.V. : Je suis une jeune femme blanche, ma famille ne descend pas d’armateurs et n’a a priori aucun lien avec l’esclavage. Néanmoins, la question m’interpelle dans la mesure où ma deuxième série, Une France douce-amère, s’intéresse au sucre de canne importé durant la période de l’esclavage. J’y constate que ce produit a vite pénétré l’ensemble du pays, et du continent, jusque dans les campagnes. Cela pose la question de la chaîne de valeur, de la valeur ajoutée tirée de ce commerce et du profit que la société tout entière a tiré de la traite humaine.

Plus d'infos
Du 10 mai au 10 novembre
Maison de l’armateur - 3 quai de l’Île - 02 35 19 08 85
Prix compris dans les droits d’entrée du musée
Réservation sur musees-mah-lehavre.fr ou à l’accueil du musée
Elisa Moris Vai rencontrera le public à la Maison de l’armateur le dimanche 11 juin à 11h et à 14h (gratuit, réservation conseillée)

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