Alerte : RISQUES MAJEURS : Le premier mercredi du mois de mai étant férié, les essais mensuels des sirènes d'alerte auront exceptionnellement lieu le jeudi 2 mai à l'horaire habituel.

Alerte : En raison de l'organisation d'une compétition, la piscine du Cours de la République sera fermée au public le dimanche 21 avril.

Alerte : ENTRÉE DE VILLE : Les feux tricolores du carrefour Marceau seront mis en fonctionnement à partir du 22 avril.

Fermer
Culture
Education

Esclavage : lumière sur une période sombre

Le 10 mai s’ouvre l’exposition Esclavage, mémoires normandes. Du Havre à Rouen en passant par Honfleur, elle présente durant six mois le tout premier état de la connaissance scientifique sur l’implication de la Normandie entre 1750 et 1848.

Publié le 09/05/2023

La loi Taubira du 21 mai 2001 reconnaît officiellement la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Ces derniers ont pris toute leur ampleur en Normandie, il y a trois siècles, dans une société traversée par des courants intellectuels légitimant une hiérarchisation raciale entre les hommes, et justifiant la vente et l’exploitation d’hommes, de femmes et d’enfants. Comme d’autres ports de la façade atlantique, Le Havre a participé du XVIe au XIXe siècle à la déportation de plus de 12 millions d’Africains vers le continent américain, pour satisfaire le développement d’une économie qui s’organise entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique.

Au Havre, la reconnaissance par la Ville s’est traduite en 2009 par la création d’une plaque commémorative devant le MuMa, lieu où se déroulent chaque année les cérémonies du 10 mai, lors de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. En 1985, le MuMa avait aussi accueilli l’exposition Le bois d’ébène, de l’histoire à l’histoire dessinée, première grande manifestation évoquant la traite atlantique et l’esclavage. En 2014-2015, les trois musées d’Art et d’Histoire avaient présenté l’exposition Café, coton, chocolat, 300 ans de négoce au Havre qui révélait l’histoire de grandes maisons de commerce de l’estuaire et comment ce commerce avait façonné la ville, ses docks, hangars ou usines.

Une histoire riche, trop méconnue

Bien documentée, l’histoire de la traite atlantique de l’esclavage au Havre mérite d’être mise en avant, d’autant que les bombardements de 1944 avaient fait disparaitre les traces du rôle du Havre dans l’esclavage. De plus, les ports normands ne sont pas toujours associés au littoral atlantique d’où se pratiquait la traite.

Depuis l’ouverture de la Maison de l’armateur, une manifestation autour de l’esclavage s’y déroule presque chaque année, en collaboration avec l’Université. Elle contribue à de grandes avancées dans la recherche et les échanges d’idées. Depuis plusieurs années, les Archives municipales et les musées d’Art et d’Histoire sont à l’initiative d’ateliers pédagogiques ou de publications. Des ressources numériques sont également en ligne sur les sites internet des institutions culturelles municipales, dont la bibliothèque numérique du patrimoine Nutrisco qui met à disposition les collections patrimoniales numérisées issues de la Bibliothèque municipale et d’institutions partenaires.

Une prise de conscience régionale

Le 10 mai 2021, l’exposition Mémoire de l’esclavage : lumière sur un patrimoine havrais installée sur les grilles de l’Hôtel Dubocage de Bléville dévoilait la diversité du patrimoine de la ville en lien avec l’esclavage. Il est clairement apparu que les études et recherches ne pouvaient uniquement se focaliser sur Le Havre, la traite atlantique et l’esclavage nécessitant la mobilisation d’importants moyens techniques, humains et financiers. Or, au XVIIIe siècle, notre port de taille relativement modeste ne pouvait y pourvoir seul. Le travail de réflexion s’est donc élargi à l’ensemble du territoire de la Basse-Seine, autour d’un pôle maritime Le Havre-Honfleur, lui-même relié à Rouen et naturellement à Paris. La nécessité s’est imposée d’écrire un discours commun sur cette histoire régionale, en partenariat avec Rouen et Honfleur.

Une programmation pédagogique et culturelle foisonnante
Afin de sensibiliser le plus large public possible, notamment les plus jeunes, une programmation culturelle dense a été mise au point pour engager un travail de mémoire, sensibiliser à la thématique de la traite des Noirs et de l’esclavage, et valoriser les populations afro-caribéennes du territoire et leurs cultures.
À l’Hôtel Dubocage de Bléville, tout est fait pour permettre aux publics (jeunes, adolescents, adultes, familles, personnes en situation de handicap) de pouvoir revenir sur des temps particuliers grâce à des actions diverses : contes, ateliers, visites guidées, livret pédagogique… Ces actions se déploient également au sein des Archives municipales et de la bibliothèque Armand Salacrou, à la Halle aux Poissons, au cinéma Le Studio et à la Maison de l’armateur.
Enfin, la programmation s’est enrichie pour couvrir davantage le territoire havrais et permettre au public empêché de prendre connaissance de cette page de l’histoire. Parmi les propositions : visites guidées, expositions, animations sur le temps méridien et ateliers sur le temps périscolaire, conférence dansée, pièce de théâtre, projections et rencontres, lecture musicale, dictée créole…

Une approche lucide

L’exposition Esclavage, mémoires normandes débute ce 10 mai. Au-delà du symbole de la date, il s’agit d’un véritable événement salué par le label « Exposition d’intérêt national » du ministère de la Culture, garant de la qualité scientifique des actions de médiation culturelle qui l’accompagnent. L’exposition d’ampleur régionale représente une nouvelle étape dans la démarche de mémoire et de pédagogie. En présentant pour la première fois un état des connaissances sur le sujet de l’implication des Normands dans le commerce triangulaire et le système esclavagiste, il est possible d’aborder le rôle complexe de l’ensemble du territoire de la Basse-Seine, au regard des autres territoires français impliqués. L’exposition rend ainsi à cette période sa juste place dans l’histoire nationale et internationale, tout en donnant l’occasion à ses visiteurs de l’appréhender dans un esprit de concorde républicaine. Sans omettre la tragédie de cet épisode, il s’agit effectivement de mettre en lumière, de façon dépassionnée, lucide et pédagogique, les rouages du système esclavagiste.

Une découverte en huit étapes

Fortunes et servitudes, le parcours havrais de l’exposition, aborde le sujet à travers le prisme des individus. Du continent africain aux quais du port normand, du XVIe au XIXe siècle, le parcours se construit autour de l’ensemble des figures impliquées ou entraînées dans ce système économique fondé sur l’exploitation de l’être humain : personnes mises en esclavage, producteurs, négociants, consommateurs, militants pour ou contre les abolitions, réunis autour de quelques figures havraises particulières, racontent les motivations, les enjeux, les mécanismes et les conséquences humaines de la traite atlantique. Environ 200 oeuvres sont exposées, issues des collections des musées d’Art et d’Histoire, du Muséum, des Archives municipales, des Bibliothèques municipales et de collections nationales et particulières. 

En huit étapes, des côtes d’Afrique jusqu’au Havre, l’exposition évoque le parcours des personnes déportées et mises en esclavage, ainsi que l’organisation du système économique et commercial de la traite ioatlantique.

Esclavage, mémoires normandes n’est pas qu’un aboutissement. À la suite de cette exposition, le musée de l’Hôtel Dubocage de Bléville proposera de façon permanente deux nouvelles salles autour de la thématique de la traite et de l’esclavage.

Retrouvez toutes les infos sur le site officiel de l'exposition