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Culture

Hélène Souillard présente "Les desserts préférés de mon mari"

L’artiste Hélène Souillard s’invente un monde à la fois désuet et furieusement tendance. Si les recettes d’après-guerre y retrouvent des couleurs alléchantes, leurs qualités gustatives sont imaginaires. Entrez dans la cuisine d’Hélène à l’occasion de son exposition au Tetris jusqu’au 16 octobre. Tout est dans le détail…

Hélène est fan de silicone, mais pas de chirurgie esthétique. Son esthétique à elle, c’est la présentation des plats en boucheries et charcuteries ou, mieux encore, dans les livres de recettes des années 1930 à 1980 : leur abondance provocante et leur foisonnement de décorations, entre faux persil et animaux empaillés, fascinent la jeune artiste diplômée de l’École Supérieure d’Art et de Design du Havre (ESADHaR), qui a surmonté son dégoût de la taxidermie et sa répugnance pour la viande (elle est végétarienne). À l’aide de matériaux artificiels (silicone, résine, céramique), Hélène réalise des plats et desserts plus vrais que nature. Début 2021, la Boîte Noire de Canal + lui a consacré une émission : Hélène Souillard ne mange pas de viande et pourtant elle en fabrique. Depuis, le buzz a contribué à faire découvrir son art à un plus large public.

  • lehavre.fr : À quel moment vous êtes-vous intéressée au monde de la cuisine ?

Hélène Souillard : Tout s’est déclenché au Havre, au cours de mes études à l’ESADHaR. Arrivée de ma ville natale de Rouen, je me suis immédiatement intéressée à la photo et aux supermarchés, leur accumulation de produits en rayons, leurs emballages. En troisième année, j’ai fabriqué du faux jambon après un atelier dédié à la charcuterie (oui, oui !). Je crois que j’étais aussi intriguée par les fausses décorations de fleurs. L’année suivante, je tombai par hasard sur le livre L’art culinaire français. Ses illustrations kitsch m’ont emballée. J’ai aujourd’hui plus de 300 livres de cuisines des années 1930 à 1980.

  • lehavre.fr : Pourquoi cette période et comment influence-t-elle votre pratique ?

H. S. : Jusqu’aux années 1980, l’approche russe de l’illustration de recette domine, avec des plats présentés en entier. Depuis, l’approche anglaise centrée sur les parts individuelles s’impose mais m’intéresse beaucoup moins. Étrangement, j’ai découvert que j’aimais vraiment préparer à manger et, après mon diplôme, j’ai passé un CAP de pâtisserie : quand je fais de la céramique, je la mets au four ; quand je prépare une résine et qu’elle sèche, c’est comme attendre que la pâte lève ou qu’un gâteau cuise.

  • lehavre.fr : Le titre de votre exposition reflète bien ce goût pour la pâtisserie. Êtes-vous une cuisinière dévouée, comme la ménagère d’après-guerre ?

H. S. : Les desserts préférés de mon mari fait suite à deux autres installations : Le buffet et De visu (un pique-nique). L’allusion à mon mari est trompeuse : d’une part, je ne suis pas mariée, d’autre part, le visiteur verra que mes préparations apparemment parfaites recèlent toujours un élément perturbant. En fait, ne le dites pas mais la cuisinière essaie d’empoisonner son époux ! Même le papier peint du décor représente des fleurs toxiques. J’ai entièrement chiné cette cuisine complète, avec fenêtre et éclairage façon lumière du jour, grâce à l’aide de la DRAC Normandie. Ce décor servira pour de prochaines vidéos.

  • lehavre.fr : Quels sont vos projets ?

H. S. : Je vais tourner des vidéos comme de vraies recettes mais avec de faux aliments. J’aimerais devenir la nouvelle Maïté (NDLR : qui anima la célèbre émission La Cuisine des Mousquetaires à la télévision durant les années 1990). Je continue de chérir la vie dans les années 1960 et emménage d’ailleurs dans un appartement Perret. J’adore Le Havre pour son architecture et tout a commencé ici pour moi. Mon souhait serait d’y avoir un plus grand atelier car ma pratique prend de plus en plus de place.

Plus d'informations
Les desserts préférés de mon mari
Le Tetris - 33 rue du 329e RI
Jusqu’au 16 octobre
Du mardi au samedi de 11h à 18h
Gratuit

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