Culture

"Humour à l’atelier" l’amateur d’art croqué par le caricaturiste

"Humour à l’atelier" quand l’amateur d’art est croqué par le caricaturiste

L’Hôtel Dubocage de Bléville expose, du 2 décembre 2016 au 6 mars 2017, Humour à l’atelier, qui présente des satires s’attaquant à la place de l’art dans la société du XIXe siècle et début du XXe siècle.

C’est caustique, parfois second degré, souvent drôlissime, toujours moqueur. Et surtout incroyablement actuel ! La caricature n’a eu de cesse, depuis les années 1830, de porter son regard amusé sur l’Histoire politique, sociale et culturelle de la France. C’est sur ce thème que l’exposition Humour à l’atelier se concentre, avec la présentation d’une cinquantaine de feuilles, datées du Second Empire jusqu’à la fin de la IIIe République. Deux (r)évolutions se produisent alors. Dans le monde de l’art, le travail de la matière première – les pigments – permet d’utiliser plus facilement la peinture à présent conditionnée en tubes de couleurs. Plus accessible car moins coûteuse, elle fait sortir les artistes des ateliers pour qu’ils peignent d’après nature, en plein air. L’impressionnisme naît alors au Havre et l’engouement, sans précédent, pour ce mouvement pictural amène à la seconde évolution : le développement du monde des affaires et de l’industrie. Patrons et nouvelles fortunes investissent dans l’art comme on investirait dans une entreprise. « À présent, chacun veut son portrait, explique Elisabeth Leprêtre, conservateur des Musées historiques. Et ces portraits représentant parfois des personnes ni très belles, ni très fines, alimentent le travail des caricaturistes qui grossissent le trait et se moquent joyeusement de ces nouveaux petits bourgeois. »

Caricaturistes ou artistes ?

Le XIXe siècle est véritablement celui de la caricature et voit naître de grands noms du dessin qui s’expriment dans les nombreux journaux satiriques de l’époque, tels Le Charivari, L’Assiette au beurre, Le Petit journal pour rire, Le Journal amusant, Le Rire. Daumier, Mirande, Grévin, Faivre, Gavarni ou encore Roubille ont lancé de vrais mouvements créatifs et sont aujourd’hui reconnus comme de très grands artistes. À savoir si eux-mêmes se considéraient comme tels, rien n’est moins sûr, le goût pour le ridicule et la moquerie étant le premier moteur de ces illustres dessinateurs. « Pour autant, l’humour n’est pas intemporel, poursuit Elisabeth Leprêtre. En préparant cette exposition, nous avons découvert des dessins dont nous ne comprenions pas le sens, car ils faisaient référence à des faits d’actualité que nous ne pouvions contextualiser. » Car, au-delà du dessin et de la création, la caricature est un traitement de l’information par l’image, aussi instantané qu’incisif, aussi accessible qu’ingénieux. Et s’il y a de nouveau un réel attrait pour ces dessins humoristiques, il faut reconnaître que la caricature ne s’est jamais autant exprimée qu’au XIXe siècle. C’est l’éclairage que l’exposition se propose d’apporter, à travers une cinquantaine de dessins créés pour faire rire, pas forcément pour plaire, et qui sont pourtant, aujourd’hui, jugés comme des œuvres d’art à part entière.

Humour à l’atelier, du 2 décembre 2016 au 6 mars 2017 à l’Hôtel Dubocage de Bléville. Entrée libre.