Entretien
Culture
Un Été au Havre

"Imaginer des sculptures sonores"

Charlotte Roux revient dans Un Été au Havre 2018 avec Les Passagers du son 2 - Hôtel de Ville pour célébrer à sa façon les 60 ans de l’édifice
Charlotte Roux  revient dans Un Été au Havre 2018 avec Les Passagers du son 2 - Hôtel de Ville pour célébrer à sa façon les 60 ans de l’édifice

Après Les Passagers du son programmés au Port Center l’été dernier, la Havraise Charlotte Roux revient dans Un Été au Havre 2018 avec Les Passagers du son #2 - Hôtel de Ville pour célébrer à sa façon les 60 ans de l’édifice.

  • lehavre.fr : Quelle idée vous a guidée pour réaliser Les Passagers du son 2 ?

Charlotte Roux : La liberté d’écoute, sans début ni fin. Contrairement à l’année dernière, il n’y a pas d’auditorium. Les visiteurs sont réellement des passagers du son qui déambulent dans l’Hôtel de Ville. Mais cela n’a rien à voir avec une visite guidée !

  • lehavre.fr : Comment avez-vous orchestré cette déambulation ?

C.R. : Avec Antoine Auger et Anne Kropotkine, les co-auteurs du projet, nous avons imaginé un dispositif sonore modulaire qui appréhende l’Hôtel de Ville comme un organisme vivant, avec des espaces qui vibrent au contact des éléments.

  • lehavre.fr : Pourquoi cette référence aux quatre éléments de l’univers ?

C.R. : Jean Blaise* m’avait indiqué que c’était la thématique commune aux œuvres d’Un Été au Havre 2018. J’ai eu envie de faire dialoguer ces quatre éléments, au fil d’un parcours sonore immersif en 3D s’appuyant sur des lieux ou des œuvres de l’Hôtel de Ville, peu accessibles du grand public. Le hall François 1er symbolise la Terre, avec la minéralité de son béton que l’on fait résonner. L’escalier d’honneur et la galerie des Grands Salons font référence à l’Air. Le premier renvoie les vibrations de son lustre en cristal. Le second entre en résonnance avec des capteurs posés sur les baies vitrées. Enfin, la salle du conseil municipal, ce sont tout à la fois l’Eau et le Feu, du nom de la tapisserie de Jean Lurçat. Chaque lieu produit des sons immatériels assortis des bruits de la ville.

  • lehavre.fr : Cette tapisserie occupe une place à part dans votre installation. Pour quelles raisons ?

C.R. : Elle reste méconnue des Havrais et pourtant c’est une œuvre d’art prestigieuse !  Elle est la pièce jumelle et centrale d’une œuvre unique de dix panneaux, Le Chant du Monde, qui se trouve au musée Jean Lurçat de la tapisserie contemporaine, à Angers. Baptisée L’Eau et le Feu, elle a fait le tour du Monde avant d’être achetée en 1967 par la Ville du Havre. J’ai souhaité rendre hommage à Jean Lurçat, cet artiste de génie, à la fois peintre, céramiste et maître incontesté de la tapisserie du XXe siècle. C’est la création sonore la plus documentée, la plus foisonnante de l’installation. J’ai mené une véritable enquête autour de cette tapisserie et de son auteur et j’ai retrouvé dans les archives de l’INA et de Pathé Gaumont, deux interviewes de Jean Lurçat à son sujet.

  • lehavre.fr : Comment se visite Les Passagers du son 2 ?  

C.R. : Les dispositifs sonores s’enchaînent dans une progression des éléments qui part de la Terre pour s’élever dans les Airs, du hall François 1er à la salle du conseil municipal, de l’escalier d’honneur à la galerie des Grands Salons. L’installation autour de la tapisserie Jean Lurçat peut également se découvrir de manière autonome. Pour autant, les modules ne sont pas esclaves les uns des autres. Ils sont conçus comme des sculptures sonores qui s’écoutent sans casque que le visiteur peut appréhender dans leur ensemble ou en jetant juste une oreille au hasard de sa déambulation.

*directeur artistique d’Un Été au Havre