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Entretien
Culture

"J'ai été très inspirée par la résistance de ces femmes"

Rencontre avec Eva Husson, réalisatrice havraise du film "Les filles du soleil"
Rencontre avec Éva Husson, réalisatrice havraise du film "Les filles du soleil"

Réalisatrice et scénariste française née en 1977 au Havre, Eva Husson accompagne la sortie en salle ce mercredi 21 novembre 2018 de son deuxième long métrage Les Filles du soleil. Un film sélectionné et ovationné en compétition officielle au Festival de Cannes 2018.

  • lehavre.fr : Pourquoi ce titre ?

Eva Husson : En 2015, j’ai appris l’existence de ce bataillon de femmes combattantes kurdes qui se sont armées après avoir été captives de Daesh. J’avais trouvé ce nom très évocateur et j’ai tout de suite pensé que je pourrai le conserver comme titre du film. Quand je suis partie au Kurdistan pour rechercher ce bataillon, personne n’en avait entendu parlé. Au moment où je commençais à me demander s’il n’était pas fictif, je suis tombé presque nez à nez avec la capitaine du bataillon que j’avais déjà vue en photo.

  • lehavre.fr : D’où vient le désir de faire ce film ?

E.H. : Peut-être que leur lutte pour la vie et la liberté́ a quelque chose à voir avec mon histoire familiale. Petite-fille d’un soldat républicain espagnol engagé très jeune dans la guerre, j’ai été baignée dans cette mythologie familiale où les valeurs de liberté comptent plus que tout. En commençant mes recherches sur les kurdes, je me suis vite rendue compte des similarités entre leurs luttes pour retrouver leur souveraineté et celle des républicains espagnols contre le fascisme.

  • lehavre.fr : Ce projet a-t-il été difficile à mettre sur pied ?

E.H. : C’est 3 ans de ma vie ! Pendant l’écriture et le tournage, j’ai eu la chance d’être très soutenue notamment par les kurdes. Il a fallu batailler pour trouver les financements sur un sujet qui a priori ne passionne pas la terre entière. Nous avons finalement tourné en Géorgie de septembre à novembre 2017 avec Golshifteh Farahani et Emmanuelle Bercot comme têtes d’affiche. Ensuite, le film a été sélectionné en compétition officielle du Festival de Cannes 2018 et a été vendu dans le monde entier. Ma vie de cinéaste en restera marqué à jamais.

  • lehavre.fr : Ce film vous a-t-il transformé ?

E.H. : Rencontrer des combattantes dans un pays en guerre qui se sont battues comme des lionnes, écouter des témoignages terribles… comment ne pas en être transformée ? Oui, cette expérience m’a apporté beaucoup d’empathie, de respect et de force pour les femmes en lutte qui malgré les atrocités parviennent à rester dans la bienveillance et dans la vie. Cet idéalisme force le respect et incite à lutter à notre échelle pour défendre ces valeurs.

  • lehavre.fr : Votre film propose-t-il une nouvelle représentation de la guerre ?

E.H. : Dans la très grande majorité, les films de guerre obéissent à des règles et des formats de représentation de point de vue masculin. Traditionnellement, la guerre est une affaire d’hommes, représentée par et pour les hommes. Au cinéma, les guerrières sont très rarement représentées alors qu’elles ont toujours joué un grand rôle dans les conflits en les payant bien souvent de leur vie. Plutôt que de présenter des scènes d’action ou d’exaltation virilisantes, mon film s’attache plutôt à montrer l’entraide et la sororité existant entre ces femmes combattantes dont certaines donnaient le sein à leurs bébés.

  • lehavre.fr : Pourquoi avoir choisi la fiction plutôt que le documentaire ?

E.H. : Il existe déjà nombre de documentaires sur les kurdes. La fiction apporte un éclairage bien différent et m’a permis de mieux incarner l’expérience de ces femmes pour mieux faire comprendre leur parcours. Sous couvert de fiction, j’ai pu proposer au spectateur un point de vue subjectif et singulier tout en respectant à la lettre la véracité des situations.

  • lehavre.fr : Quel retour avez-vous sur le film ?

E.H. : Partout où il a déjà été projeté, le film a été accueilli par le public avec une incroyable générosité avec des standings ovation dans 3 pays différents et des retours extrêmement positifs. J’ai  été tout particulièrement touchée par les marques d’affections de jeunes femmes inconnues qui m’ont remercié les larmes aux yeux. La communauté kurde a aussi accueilli le film avec beaucoup de bienveillance, heureuse de découvrir un film qui propose un juste reflet de leur situation.

  • lehavre.fr : Est-ce facile après ce film d’engager un nouveau projet ?

E.H. : Je suis très heureuse que ce film vive aujourd’hui sa propre vie. Avant ce tournage, j’avais commencé le scénario de mon prochain film, un projet dont l’action se déroulera entre les États-Unis et l’Angleterre et dont le personnage principal (une femme) va perdre sa mère.

  • lehavre.fr : Réaliserez-vous un jour un film au Havre ?

E.H. : (Rires)… Je n’ai pas forcement une relation facile avec cette ville où j’ai vécu mon adolescence dans les années 90. J’y retourne régulièrement pour rendre visite à ma mère qui y vit. Je me souviens de l’Éden, la salle de cinéma du Volcan où j’ai vu énormément de films fabuleux. C’est là que je me suis formée au cinéma !

Les filles du soleil, à voir au Havre au cinéma Sirius - Pôle Art & Essai. Plus d'infos ici.