Entretien
Culture

"Je peux passer 400 heures sur une seule œuvre"

Le graffeur Man-X, alias Alix Lemetayer, expose à la Galerie Hamon du 10 novembre au 5 décembre
Le graffeur Man-X, alias Alix Lemetayer, expose à la Galerie Hamon du 10 novembre au 5 décembre

Depuis 4 ans, le graffeur Man-X (alias Alix Lemetayer) collabore avec la galerie Hamon sur différentes projets. Il y présente sa première expo personnelle Paint it black, du 10 novembre au 5 décembre.

  • lehavre.fr : Quelles sont les grandes étapes de votre parcours personnel et artistique ?

Man-X : Je vis et travaille au Havre depuis 11 ans. Après mes courtes études, j’ai commencé à travailler comme infographiste, puis je me suis vite orienté vers la taille de pierre, mon métier actuel que j’ai appris à aimer pendant 3 ans auprès d’un compagnon du devoir, amoureux de la pierre. Au départ, j’ai voulu être tailleur de pierre pour faire de la sculpture. Je rêvais de tailler des gargouilles, ces personnages « monstrueux » qui crachent l’eau des sorties de gouttière des édifices religieux. Sinon, je dessine depuis que je suis tout petit. Je faisais des pages de mains avec l’anti-héros Gaston Lagaffe devant les yeux. J’ai commencé le graffiti à l’âge de 15 ans. A 17 ans, j’ai créé à Fécamp - où j’habitais - l’association « Art hétéroclite », spécialisée dans le graffiti afin de promouvoir l’art de rue auprès des jeunes. Puis j’ai continué au Havre, où j’ai participé à de beaux et nombreux projets de fresques.

  • lehavre.fr : Pourquoi ce choix de la technique du pochoir ?

Man-X : J’ai commencé à faire du pochoir à la maison au moment de l’arrivée de ma fille en 2009, parce que je n’avais plus trop le temps d’aller sur le terrain faire de grandes fresques ou de faire découvrir le graffiti à des jeunes. Le principe des pochoirs multicouches est de sélectionner plusieurs couleurs présentes dans un dessin, que je fais préalablement, puis de créer un pochoir en fonction de chacune d’elles. Superposées et bombées, elles forment une œuvre. À force de pratique et de patience, les découpes de plus en plus minutieuses me permettent aujourd’hui de jouer sur la finesse des traits. Même si je ne sais pas utiliser le pinceau, je me rapproche de plus en plus de la peinture.

  • lehavre.fr : Pourquoi cette utilisation de supports différents ?

Man-X : Métal, pierre, portes en bois, anciens panneaux signalétiques… J’aime beaucoup travailler sur des supports récupérés dans la rue. J’aime ces différentes matières patinées par le temps qui ne demandent qu’à retrouver une deuxième vie. Peut-être faut-il y voir une forme de continuité avec le graffiti, où il faut jouer en permanence avec le support pour donner vie à l’œuvre. Dans mon cas, le choix du support m’emmène souvent à une idée. Je viens par exemple de récupérer un morceau de cabane de plage en cours de démontage, qui a généré immédiatement mon envie de dessiner une vue de la plage avec… des cabanes.

  • lehavre.fr : Pourquoi ce goût pour un univers très noir et blanc ?

Man-X : Depuis tout petit, j’ai toujours dessiné en noir et blanc. J’aime cette force complémentaire et opposée du noir et blanc qui me fait penser au Yin & Yang des Japonais. Mais je travaille aussi beaucoup sur les nuances de gris (rires)… Parfois, j’introduis une pointe de couleur. Ce choix colorimétrique n’est pas une stratégie pour me différencier. C’est ce que j’aime et ce qui me ressemble. J’aime les sensations que procure cet univers, cette beauté sombre à la fois dérangeante et attirante.  

  • lehavre.fr : Quels sont vos thèmes de prédilection ?

Man-X : J’ai juste envie d’illustrer mon monde. Mes thèmes de prédilection puisent beaucoup dans mon environnement personnel. J’ai beaucoup dessiné mes enfants et mes amis en partant de photos. Je me suis ensuite lancé dans des vues du Havre, des représentations de plus en plus complexes de paysages ou de scènes de ville. J’ai pas mal aussi revisité des groupes de musique, détourné des affiches. J’aime aussi beaucoup dessiner les animaux. Je réponds aussi à des commandes, à l’exemple des fresques de grand format installées à la gare du Havre en 2017. J’aimerais pouvoir un jour prochain réaliser un très grand format sur une façade d’immeuble en ville.

  • lehavre.fr : Cette activité artistique n’est pour vous qu’un loisir ?

Man-X : J’ai ouvert en mars 2018 une entreprise de taille de pierre et de maçonnerie traditionnelle. J’aime l’idée que mon activité artistique demeure un loisir. Cela m’affranchi de la contrainte commerciale liée aux ventes de mes œuvres et me permet de faire ce que j’aime sans autre considération que le plaisir de la création. Ce qui ne m’empêche pas d’être très flatté lorsque que quelqu’un veut acheter une de mes œuvres. Je pourrai passer des heures à découper. C’est un moment de détente que je ne lâcherai pour rien au monde.

  • lehavre.fr : Quel est votre état d’esprit à la veille de cette première exposition « solo » ?

Man-X : C’est un peu l’accomplissement d’un rêve de gamin et une véritable fierté.
Venant du milieu du street-art pur et du monde du graffiti, je ne me serai jamais imaginé exposer un jour dans une galerie (rires). Ce n’est qu’assez tardivement, avec la découverte de la technique du pochoir, que j’ai commencé à réaliser des œuvres de petits formats susceptibles d’être accrochées. C’est la venue de Jace à la galerie Hamon qui a déblayé au Havre le chemin du street-art vers les galeries.

  • lehavre.fr : Pourquoi avoir choisi ce lieu ?

Man-X : J’avais déjà mis plusieurs fois les pieds à la galerie Hamon en participant à des expositions collectives mais je n’aurai pas pensé pouvoir créer un jour une exposition sous mon seul nom. C’est un nouveau challenge que mes amis m’ont poussé à accepter. Le principe de plaire aux gens me convient. Le principe de vendre beaucoup moins. Et pourtant, c’est avec les ventes que l’on mesure le succès d’une exposition. J’attends donc avec impatience et un certain stress le retour du public.

  • lehavre.fr : Pourquoi avoir nommé cette exposition Paint in black ?

Man-X : Ce titre traduit la cohérence du mon univers noir & blanc. Je vais présenter une petite vingtaine d’œuvres, réalisées ces deux dernières années, sur mes thèmes de prédilection : animaux, portraits, vues de la ville du Havre. Le samedi 24 novembre, je ferai une performance live en « bombant » sur place des œuvres vendues à des petits prix sur des formats A4.

Paint it black de Man-X à la Galerie Hamon du 10 novembre au 5 décembre tous les jours (sauf le dimanche et le lundi matin) de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h à 19 h.
Performance live, le samedi 24 novembre de 15 h à 18 h.

MAN-X EN QUELQUES DATES
2002 à 2008 : création de l'association Art hétéroclite à Fécamp, spécialisée dans le graffiti afin de promouvoir l'art de rue ;
2009 : début du pochoir ;
2010 : 3e édition de la Biennale d'Art, Le Havre ;
2015 : expostion du groupe Pochoir and Co - Galerie Hamon, Le Havre ;
2016 :
- exposition collective Are You Graffing ?, Le Havre ;
- exposition en duo - Cave à bières, Le Havre ;
- réalisation de l'affiche et exposition Octobre Rose - Galerie Hamon, Le Havre ;
2017 :
- speed dating artistique - Galerie Hamon, Le Havre ;
- réalisation de 3 fresques géantes - Quai 1, Gare du Havre ;
- participation et installation à Un Été au Havre - 500 ans du Havre - Plage ;
- exposition collective au Lavo Matik - Paris ;
2018 :
- exposition collective Are You Graffing ?, Le Havre ;
- exposition personnelle - Galerie Hamon, Le Havre.