Entretien
Sport

"Je suis un privilégié"

Sébastien Lepape, patineur de vitesse sur piste courte (short track)
Sébastien Lepape, patineur de vitesse sur piste courte (short track)

Le patineur de vitesse havrais, qui a décroché le 3 février dernier un podium en Coupe du monde, terminant 3e aux 1000 mètres à Dresde malgré une côte fêlée, se livre sur sa vie, sur ses liens avec Le Havre, mais aussi, en ces temps axés sur la mixité dans le sport, sur sa vision du monde.

  • lehavre.fr : Comment êtes-vous venu au short-track ?

Sébastien Lepape : J’avais un copain en CM2 qui en faisait, je suis allé le voir et j’ai trouvé ça cool ! Le club proposait trois essais gratuits que j’ai passés, ça m’a « grave botté » et je me suis inscrit en 2002, voilà donc presque 17 ans ! Le Havre est le seul club de Normandie (NDLR : le CVGH). En 2007, je suis parti pour l’INSEP et depuis 2011 je suis à Font-Romeu, le seul centre de France.

  • lehavre.fr : Parallèlement au sport de haut niveau, entreprenez-vous des études ?

S.L. : J’essaie de mener de front sport et études. Je voulais absolument garder une activité scolaire, car j’aimerais après ma carrière intégrer une école de kinésithérapie. J’ai ainsi obtenu deux licences en STAPS : une en entraînement sportif et une en activité physique adaptée. Le statut de sportif de haut niveau  me permet des aménagements et j’ai réussi à valider à chaque fois une année en deux ans : j’allais voir mes profs et leur disais que, cette année, j’assisterais à tel ou tel cours, et l’année d’après j’allais aux autres. Difficile de tout cumuler quand on s’entraîne quatre à six heures par jour !

  • lehavre.fr : En quoi la Ville du Havre vous aide-t-elle ?

S.L. : Je dispose d’un contrat olympique avec la Ville du Havre. J’ai préparé Sotchi (2014), PyeongChang (2018)  et là je prépare Pékin (2022). La Ville m’apporte tout d’abord une aide financière, ce qui n’est pas négligeable, car le prix de notre matériel est élevé. Ensuite, c’est un soutien d’ordre moral. Je connais un peu les gens qui travaillent à la Ville et je sais que, quand je pars en compétition, on me suit et que, si j’ai besoin de quelque chose, il y a toujours une oreille prête à m’écouter, quelqu’un pour m’aider. Je croise souvent des sportifs qui ne reçoivent aucune aide, ni financière ni morale, et j’avoue qu’avec la Ville du Havre, je suis un privilégié, je suis très gâté.

  • lehavre.fr : Le Havre va accueillir la Coupe du monde féminine de football à partir du 7 juin. Qu’en pensez-vous en tant qu’ambassadeur de la ville ?

S.L. : C’est super ! A partir du moment où une ville a la capacité d’accueillir une compétition majeure, c’est quelque chose d’extraordinaire ! Ça va faire venir du monde, ça va faire connaître une discipline, ça dynamise les choses ! D’un point de vue personnel, j’avoue aimer le foot féminin, parce qu’au moins ça joue !

  • lehavre.fr : Y a-t-il une équipe féminine de short-track ?

S.L. : Oui, en équipe de France, nous sommes quatre filles et quatre garçons. Tous les pays ont également des équipes féminines. En France, c’est assez compliqué, mais pour les garçons aussi, notre sport souffrant d’un déficit de médiatisation. Et si on n’est pas médiatisés, on n’a pas de moyens, donc plus de difficultés à faire des médailles, et si on n’a pas de médailles, on n’est pas médiatisés ! C’est un cercle vicieux. Mais on ne va pas se mentir, c’est une petite discipline : entre 500 et 600 licenciés pour treize clubs en France ! Donc ça limite forcément le nombre de passerelles pour y venir.

  • lehavre.fr : Y a-t-il des épreuves mixtes ?

S.L. : Un relais mixte vient d’être inscrit au programme olympique. En octobre 2018, nous avons donc disputé nos premières épreuves de coupe du monde avec le relais mixte. Je pense que c’est bien et les spectateurs en général sont assez friands de ce genre de courses, on le voit en biathlon. Et c’est un potentiel médailles supplémentaire !

  • lehavre.fr : Vous devez certainement croiser beaucoup de sportives dans les villages olympiques ? Pensez-vous qu’elles sont bien intégrées, qu’elles ont un traitement médiatique égal aux hommes ?

S.L. : Je n’ai pas l’impression qu’il y ait une différence de traitement médiatique entre les femmes et les hommes. En gros, c’est médaille ou pas médaille ! Dans notre discipline, l’intégration se fait parfaitement et j’ai l’impression que c’est pour chaque pays pareil, à partir du moment où on pense équipe. Là où il peut y avoir des difficultés, c’est plutôt parce que le sport de haut niveau est un monde de chacals !
Cependant, nous avions récemment une conversation entre les filles et les garçons de l’équipe : on a l’impression que certains, dans le monde actuel, essaient de pérenniser cette inégalité sociale entre les femmes et les hommes alors qu’il y a de plus en plus de gens persuadés que cela n’existe plus. Pourtant, à poste égal et à capacités égales, la plupart des hommes gagnent plus que les femmes ! Ma fiancée vient d’entrer dans le monde du travail, signant un CDI en tant que kinésithérapeute et elle gagne moins que ses collègues masculins ! C’est incompréhensible !

Suivez Sébastien Lepape sur sa page Facebook @seb.lepape