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Culture

"La caricature pour dire le monde"

Festival littéraire Le Goût des Autres 2015
"La caricature pour dire le monde", dernière table ronde du festival Le Goût des Autres 2015

Le sujet de cette dernière table ronde est incroyablement d’actualité : la caricature. Sylvain Bourmeau qui anime cette rencontre entre Eric Fottorino, journaliste et écrivain, Nicolas Vadot, caricaturiste et vice-président de Cartooning for Peace, et Yacine Ait Kaci dit Yak, dessinateur transmédia, a rappelé avant de lancer les échanges que Charb, directeur de la publication de Charlie Hebdo devait être "avec nous aujourd’hui. Les événements qui se sont déroulés début janvier nous obligent à voir les choses autrement. Et j’aimerais aujourd’hui que, au-delà de l’hommage qui pourrait être rendu aux journalistes de Charlie, nous parlions des différentes façons d’aborder la caricature."

"Il se pose la question de la spécificité française." Pour Nicolas Vadot, "nous sommes dans un pays où on publie des choses qu’on ne voit pas ailleurs. La France a l’art de la controverse. Pour un Français, ne pas être d’accord est dans l’ADN !"

Eric Fottorino a quand a lui exprimé une réflexion que l’on a retrouvée dans de nombreux dessins à la suite des attentats : "Jamais un coup de crayon ne vaudra un coup de kalachnikov. Jamais. Nulle part. Il faut que ça soit établi."

Le dessinateur Yak ne se considère pas comme un caricaturiste. "Je ne dessine que mon personnage, un personnage positif, qui existe et évolue dans le monde qui nous entoure. A travers ce travail, je fais appel à la tendresse. Mon boulot c’est ça : faire sourire les gens. […] Au fur et à mesure, ça s’est mis à avoir une portée universelle. La puissance des réseaux sociaux fait qu’on a cette possibilité de faire parvenir des ondes positives ou négatives. Je fais en sorte que ce ne soient que du positif."

Les intervenants ont rappelé à quel point l’image avait un pouvoir fort. "Une image, c’est un médium qui n’a pas traduction, poursuit Yak. C’est international. Ca implique une forte responsabilité." "Il y a dans l’image un symbolisme important, explique Nicolas Vadot. Quelque chose de primordial lié au rapport à l’enfance. Si l’on prend la définition de l’ironie, cela signifie 'Dire, avec des mots d’enfants, des histoires d’adultes'. Quand on est enfant, on dessine et on chante. Le dessin, comme le chant, est une route vers notre conscience. C’est ce qui fait sa vulnérabilité mais aussi sa force. Car on ne triche pas avec le dessin."

"On est dans une société qui est dominée par l’image, ajoute Yak. Le dessin de presse est vraiment le chaînon manquant entre l’image pure – la photographie – et le texte. De fait, le dessin a une puissance aujourd’hui qui a été décuplée par rapport aux premiers temps de la caricature. On a entre les mains un outil d’une incroyable puissance. Mais plutôt que de surenchérir, les images peuvent être détournées. Il faut essayer d’utiliser cette puissance à bon escient ; il ne s'agit pas de créer des controverses pour les contreverses car cela n'apporterait rien de productif et omettrait les vrais problèmes, ceux du tout à chacun."

Pour Nicolas Vadot, "avant, on était perçu comme des enfants rêveurs. Depuis trois semaines, on devient les portes-drapeaux de la liberté d’expression ! Maintenant, personne n’ose même plus censurer. Pourtant, il n'ya rien de pire qu'un dessinateur de presse engagé ; il ne faut pas caricaturer en étant caricatural. Un dessin doit en effet permettre au lecteur de s'interroger, et pas forcément lui faire changer d'avis."