Entretien
Culture

« La littérature, c’est la liberté. Il n’y a pas de cadenas sur les livres »

Laurent Gaudé, écrivain, invité du Festival littéraire Le Goût des Autres 2019
Laurent Gaudé, écrivain, invité du Festival littéraire Le Goût des Autres 2019

Laurent Gaudé sera présent à l’Esperluette pour le Festival Le Goût des Autres - vendredi 18 janvier à 18 h. Une rencontre autour de son dernier ouvrage Salina, les trois exils. Rencontre avec le Prix Goncourt 2004, pour qui les thèmes de l’exil et du voyage sont essentiels depuis ses premiers romans.

  • lehavre.fr : L’édition 2019 du festival porte sur les littératures des voyages. Il sera question de migration, d’immersion dans des sociétés inconnues. D’exil également, l’un des fondements de votre dernier ouvrage Salina : les trois exils. Pourquoi avoir voulu raconter l’histoire de cette femme aux trois exils ?

Laurent Gaudé : Il est difficile de répondre à cette question. Est-ce qu’on sait vraiment pourquoi on a envie de raconter une histoire ? Il y a des thèmes qui vous attirent, des personnages qui vous habitent… Des scènes émergent au fil du temps et on finit par plonger dans tout cela pour en faire un livre. Les thèmes de l’exil, du voyage, de la marche et du déplacement sont présents dans mes romans depuis toujours. Avec Salina, j’avais envie d’explorer à la fois les thèmes de l’exil, de la vengeance et de la transmission.

  • lehavre.fr : Au fil des bouleversements de sa vie, Salina est toujours perçue comme étrangère. Cette question de l’altérité est-elle fondamentale dans vos romans ? Pourquoi ?

L.G. : Salina s’est beaucoup construite en référence au personnage de Médée (j’ai écrit en 2003 une pièce intitulée Médée Kali). Les deux femmes sont des étrangères et c’est fondamental car elles sont faites du coup à la fois de désir (celui d’appartenir) et de solitude (une fois qu’elles ont été rejetées). Il fallait que Salina vienne de loin. Elle ne sait d’ailleurs pas elle-même d’où elle vient. Tout le roman tourne autour de cette question : faire partie ou ne pas faire partie. Et l’endroit que son fils trouve à la fin du roman, cette île cimetière, comporte cette ambiguïté. Cette île fait à la fois partie de la ville et en même temps, elle en est décrochée.

  • lehavre.fr : Le principe du festival Le Goût des Autres est de mixer les formules, entre rencontres avec des auteurs, concerts dessinés, lectures musicales ou sieste littéraire. Que pensez-vous de cette façon d’ouvrir la littérature à tous et toutes formes de cultures ?

L.G. : La plus belle chose dans nos métiers, c’est cette ouverture sur la rencontre. Les surprises qui en naissent, les projets parfois… J’aime bien me frotter aux autres arts. Cela est une constante dans mon parcours depuis plus de quinze ans : roman, théâtre, poésie, opéra, je suis curieux de tous ces territoires.

  • lehavre.fr : L’objectif est d’utiliser des chemins de traverse pour amener le plus grand nombre à converger vers le livre. Que diriez-vous pour amener une personne qui ne lit pas, à avoir le désir de découvrir la littérature ? Quels premiers ouvrages recommanderiez-vous ?

L.G. : La littérature, c’est la liberté. Il n’y a pas de cadenas sur les livres. Vous pouvez piocher, feuilleter, abandonner, y revenir... Choisir surtout en fonction de ce que vous êtes, de ce que vous traversez dans la vie. Il faut être curieux. Et pas laisser dicter nos choix par des algorithmes de vente qui vous soumettent des objets de consommation qui vous ressemblent, c’est-à-dire qui ne vous mettent jamais en contact avec la vraie altérité et donc la vraie surprise. Pour toutes ces raisons, je me garderai bien de conseiller quoique ce soit, dans l’absolu.... Cela dépend tellement de qui on est. Soyez curieux, serait plutôt ma devise. On apprend de tout.

  • lehavre.fr : Avez-vous un « livre de chevet » que vous reluisez régulièrement ?

L.G. : Il y a plusieurs textes qui m’accompagnent. Je relis souvent Le discours sur le colonialisme de Césaire. C’est un texte d’une puissance inouïe, écrit dans une langue d’une grande beauté. Mais aussi La prose du Transsibérien de Blaise Cendrars que j’aime depuis que je l’ai découvert à l’adolescence et qui parle de ce thème : l’ivresse du voyage.  

  • lehavre.fr : Qu’appréciez-vous le plus dans le fait de venir à la rencontre de vos lecteurs ?  

L.G. : Se rendre compte que mes personnages vivent dans la tête de gens que je ne connais, qu’ils les accompagnent, c’est magique et j’avoue que je suis toujours un peu incrédule !

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