Regards croisés
Culture

« La littérature doit être un terrain familier dès l’enfance »

François Beaune et Yamen Manai, écrivains, invités du Festival littéraire Le Goût des Autres 2019
François Beaune et Yamen Manai, écrivains, invités du Festival littéraire Le Goût des Autres 2019

Pour le projet Le Havre-Tunis, voyage en francophonie créé dans le cadre du Festival Le Goût des Autres 2019, les écrivains François Beaune et Yamen Manai ont travaillé avec des collégiens havrais et tunisois à l’écriture d’histoires personnelles dont certaines seront lues par l’actrice Manon Thorel, en présence de leurs auteurs. Retrouvez-les dimanche 20 janvier à 15 h à l’Esperluette.

  • lehavre.fr : Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?

François Beaune : J’aime travailler avec les scolaires. Dans ces ateliers d’écriture, les collégiens devaient collecter des histoires dans leur cercle de confiance. Pénétrer dans l’intime de quelqu’un que l’on connaît en tant que parent ou grand-parent et non en tant que personne, n’est pas facile. Il faut savoir mettre à l’aise, écouter puis raconter. L’oral et l’écrit sont intimement liés.

Yamen Manai : En tant qu’écrivain, je côtoie rarement un public jeune. Ces ateliers d’écriture m’ont permis de communiquer avec une population à laquelle je n’ai pas accès au quotidien. La littérature doit être un terrain familier dès l’enfance. Si je peux y contribuer, tant mieux !

  • lehavre.fr : Comment se sont déroulés les ateliers d’écriture avec les collégiens ?

F.B. : Super bien ! Dans les deux établissements tunisiens où j’ai travaillé durant deux semaines avec des classes allant de la 4e à la terminale, les élèves étaient très motivés, notamment les plus jeunes. Ils ont appris à collecter, traduire, raconter, enrichir une histoire et la restituer devant tout le monde. Ils s’en sont vraiment bien sortis.

Y.M. : Plutôt pas mal même si tous n’ont pas écrit d’histoire. Les huit ateliers proposés aux deux classes havraises de 4e et de 3e se sont déroulés en quatre temps : la collecte audio des histoires, la discussion autour de leur mise en forme, le travail de rédaction et la restitution publique des récits car, pour moi, l’écriture et la lecture sont indissociables.

  • lehavre.fr : Quel a été votre rôle ?

F.B. : J’étais là pour les mettre en situation à travers des jeux de rôle. Comment mettre son interlocuteur à l’aise ? Comment poser des questions ? Comment enregistrer une conversation avec un smartphone ? Comment retranscrire des propos ? Tel est le genre de situations que nous avons « répétées » avant qu’ils se lancent dans le grand bain de l’écriture.

Y.M. : Mon rôle était plutôt celui d’un guide qui accompagnait les élèves dans la construction littéraire de leur histoire. J’expliquais comment articuler un récit et on en discutait ensemble. Le professeur de français m’a d’ailleurs bien aidé en prolongeant les ateliers durant mon absence. J’ai également pas mal joué au gendarme en l’absence de l’autre l’enseignant…

  • lehavre.fr : Comment les avez-vous trouvés ?

F.B. : Super ! J’ai été particulièrement touché par l’application des petits. Ils sont apparus plus malicieux, plus curieux, plus naturels que leurs aînés. Leur travail a été vraiment formidable, très inventif. Certains même se sont carrément révélés, scotchant littéralement leurs camarades et moi-même par la qualité de leurs histoires.

Y.M. : Les 4e ont été beaucoup plus inventifs. Ils ont produit de bonnes histoires dont certaines nous ont fortement émus. Des secrets de famille ont été percés. La littérature c’est exactement ça : une source d’émotions qui part de l’intime vers le général.

  • lehavre.fr : Que retirez-vous de cette expérience ?

F.B. : Un souvenir fabuleux fait d’échanges, de complicité, d’histoires et d’émotions. Cerise sur le gâteau de cette expérience tunisienne, une des histoires présentées va même enrichir notre collection d’Histoires vraies de Méditerranée.

Y.M. : C’est une belle initiative qui mériterait d’exister à l’année pour former les élèves à mieux s’exprimer et surtout à avoir des idées. J’ai été surpris par la piètre qualité rédactionnelle de ces jeunes. Ils écrivent comme ils parlent et je me demande combien ont déjà lu un livre. J’admire le travail et l’implication de leur professeur.

Tunis - Le Havre : voyage en francophonie
Mis en place dans le cadre du Festival Le Goût des Autres, les ateliers d’écriture menés pendant deux mois par François Beaune auprès des écoles internationales de Carthage et de Tunis et par Yamen Manai auprès des collèges havrais Marcel Pagnol et Théophile Gautier, ont fait naître des histoires personnelles des deux côtés de la Méditerranée. Elles seront publiées sous forme d’un recueil en vente dès le 9 mai à La Galerne au prix de 19 €.

Histoires vraies de Méditerranée
Initié en 2013 par François Beaune, Histoires vraies de Méditerranée est un projet visant à constituer une bibliothèque d’authentiques histoires d’habitants du bassin méditerranéen, dans toutes les langues. Ces instantanés de vie sont collectés sur le terrain sous différentes formes (écrite, audio, vidéo) par un collectif d’écrivains, d’artistes et de chercheurs, tous originaires des bords de la Méditerranée. Traduites et réécrites, les histoires ainsi compilées font l’objet d’une collection particulière des éditions tunisiennes Elyzad et sont également consultables sur le site Internet histoiresvraies.org. Vous pouvez même poster « votre » histoire. A bon raconteur…

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