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Vie associative

Le Havre de Culture(s), tiers-lieu citoyen et nourricier

Curieux de savoir ce qui se trame à la ferme d’Épremesnil, nous avons rencontré Julie Letendre, ex-maraîchère en agriculture biologique et administratrice de l’association le Havre de Culture(s). Accompagnée de Pierrick Bichot-Fégar, gestionnaire de milieux et animateur pédagogique, ils sont à l’origine de ce projet multifacettes qui, petit à petit, prend forme sur ce qui est aujourd’hui la dernière parcelle de terrain agricole de la ville du Havre. Explications.

Biologiste de formation, Julie Letendre s’est reconvertie il y a quelques années au maraîchage biologique, avant tout par conscience écologique.  « J’ai réalisé qu’au niveau de l’impact de l’activité humaine sur l’environnement, le poste alimentation, de la production à la commercialisation en passant par le transport, était largement en tête. C’était donc sur celui-ci que je voulais agir. » Ainsi, en combinant son attrait naturel de biologiste pour les végétaux, son envie de s’impliquer pour faire évoluer les choses, et sa culture familiale de fille d’agriculteurs, elle s’est donc lancée dans l’aventure du maraîchage en compagnie de son frère, sur les terres de ses parents.

Un appel à projets lancé par Logeo Seine Estuaire

Quelques années plus tard, en mai 2019, c’est un peu par hasard qu’elle entend parler d’un appel à projets lancé par Logeo Seine Estuaire. Bailleur social et propriétaire du site d’Épremesnil, l’entreprise fait appel à l’initiative de porteurs de projets pour redonner vie à cette parcelle de 5 hectares, dernier foncier agricole sur le territoire de la ville du Havre.

Julie, alors en cessation d’activité et cherchant à rebondir dans le domaine agricole, entend parler d’une concertation préalable qui servira à poser les bases du cahier des charges de ce projet. Ni une ni deux, elle se rend à cette réunion et retrouve à cette occasion plusieurs personnes qu’elle a déjà côtoyées dans son activité de maraîchère, notamment Arthur Baur et Olivier Desutter de l’équipe de l’association Graine en Main, qui gère un chantier d’insertion professionnelle par le maraîchage sur la commune d’Étainhus. Accompagnés d’Adèle Gibeaux, assistante sociale, ils constituent ainsi tout naturellement l’un des 7 collectifs qui répondront à l’appel à projets.

Associations en colocation
Au vu de l’ambition de leur projet de microferme permaculturelle et pédagogique, et de la valorisation qu’ils proposent pour ce site d’exception, c’est leur projet qui est retenu pour prendre possession des lieux. Si dans un premier temps, le collectif le Havre de Culture(s) devait englober Graine en Main, c’est finalement sous la forme d’une colocation que les 2 associations s’empareront du projet.
Ainsi, Graine en Main conserve son cœur d’activité agricole à travers un chantier d’insertion, sur le même principe que celui d’Étainhus, tandis que le Havre de Culture(s) prend en charge tout l’aspect participatif et l’animation quotidienne du site, notamment sous la forme d’un accueil pédagogique et social.

Du jardin pédagogique à l’espace de recherche

Julie nous explique que le site, en cours d’aménagement, est partagé par les 2 associations. Le Havre de Culture(s) dispose d’1ha qui sera constitué de 3 espaces distincts :

  • Une première parcelle sera dédiée à la création d’un jardin pédagogique : mené selon une approche mêlant permaculture et agroécologie, des techniques respectueuses de la nature puisqu’elles considèrent l’écosystème dans son ensemble et visent à le préserver, ce jardin servira de support à des ateliers et visites pour des publics divers. L’association espère pouvoir y accueillir les scolaires dès la rentrée 2021, mais aussi des seniors, des personnes en situation de handicap, des patients d’institution spécialisées comme la Maison d’accueil d’Épremesnil gérée par la Ligue Havraise et située juste à côté de la ferme, ou encore des personnes bénéficiant de dispositifs de cohésion sociale menés par la ville du Havre.
     
  • Une seconde partie du terrain sera constituée en jardins familiaux à destination de particuliers, qui seront invités à les exploiter selon une charte permacole et pourront, s’ils le souhaitent, être encadrés et bénéficier de conseils de la part d’agriculteurs avisés.
     
  • Enfin, un troisième espace sera réservé à l’expérimentation d’une conduite sur sol vivant, c’est-à-dire sans aucun travail de la terre. En plus d’un intérêt pédagogique pour les différents groupes accueillis, cet espace servira également pour la recherche à travers des collectif comme Ver de Terre Production ou l’association Maraîchage sur Sol Vivant (MSV), pour laquelle Julie est par ailleurs animatrice.

Au-delà de ces espaces extérieurs, que l’association aménage aujourd’hui avec l’aide de nombreux bénévoles qui se pressent chaque samedi, de 10h30 à 17h à l’occasion de chantiers participatifs (dans le respect des consignes sanitaires), pour donner un coup de main, le lieu bénéficie également d’un bâtiment que l’association compte bien rénover afin d’y accueillir du public, notamment pour assurer une continuité les jours de mauvais temps. La réflexion est également lancée afin d’en faire un espace cuisine, qui permettra au public de suivre la préparation des produits issus de la ferme jusqu’à leur dégustation, dans le cadre d’ateliers ou d’animations dédiés.

La forêt à portée de main
Pour sa plus grande joie, l’association a également la chance de pouvoir investir un hectare de forêt qui fait partie du terrain, et a l’intention de le valoriser en réhabilitant différents sentiers permettant de relier la ferme au quartier de Rouelles, mais aussi en le transformant en un support pédagogique grandeur nature pour y faire découvrir la faune et la flore forestières. Enfin, un verger sera conduit en agroforesterie afin de développer des cultures fruitières, en plus du maraîchage.

Devenir un tiers-lieu, une ambition citoyenne

À terme, la vocation du site dans son ensemble est de devenir un véritable tiers-lieu citoyen. Ce qu’espèrent Julie et Pierrick, c’est que la ferme d’Épremesnil telle qu’ils la façonnent se transforme en un « endroit d’expression et d’acculturation citoyenne », qui servira à cultiver les valeurs d’une société durable, mais aussi et avant tout à créer des liens sociaux. « Ce qu’on veut, c’est donner aux gens l’occasion de se cultiver par eux-mêmes, pour obtenir des connaissances qui leur permettent de faire des choix de consommation éclairés », explique Julie. En effet, en choisissant de mettre l’accent sur le lien entre alimentation et santé, elle espère donner l’occasion de « réapprendre à bien manger », et de sensibiliser les publics les moins en liens avec la nature aux enjeux environnementaux.

Au-delà du public, l’association espère également tisser des liens durables avec ses semblables, notamment à travers ce bâtiment dont l’habilitation ERP est en cours pour recevoir du public : « On aimerait pouvoir le mettre à disposition d’autres associations, dont les objectifs convergent avec les nôtres, et qui souhaiteraient organiser des évènements ». De la simple réunion à des manifestations d’ordre culturel ou artistiques, comme des expositions ou des conférences, l’objectif est de diversifier au maximum l’offre de contenu proposée par le lieu.

Contactez le Havre de Culture(s)
En attendant la construction de leur site internet, retrouvez le Havre de Culture(s) :
- sur leur page Facebook
- sur leur profil Instagram
- par email à l'adresse contact@lehavredecultures.com

Des liens stables pour une vision à long terme

Pour pouvoir maintenir ses ambitions et réaliser ses projets, l’association doit avant tout créer des liens avec les différentes entités qui l’entourent de façon durable. Si aujourd’hui ce sont une vingtaine d’adhérents qui se sont embarqués dans l’aventure, il va par exemple falloir mobiliser davantage avant d’envisager une éventuelle commercialisation de la production maraîchère, envisagée sous forme de paniers. Au-delà des débouchés habituels de Graine en Main pour la parcelle dédiée au chantier d’insertion, c’est donc à l’aspect pédagogique et aux futurs ateliers de cuisine qui servira donc, dans un premier temps, la production dégagée sur l’espace dédié à l’accueil du public.

Autres relations importantes pour l’association : celles tissées avec la ville du Havre et les partenaires locaux, notamment les écoles avec qui ils aimeraient mettre en place des classes vertes une fois par an, mais aussi les bailleurs sociaux comme Alcéane, avec qui le Havre de Culture(s) prévoit de mettre en place des jardins en pieds d’immeuble, afin de faire venir la nature directement dans la ville. « En plus de créer du lien social entre les résidents, c’est aussi un moyen pour nous de promouvoir les activités de la ferme en dehors de la ferme, et d’inciter les gens à venir en voir plus sur le site d’Épremesnil », nous explique Julie. Une façon de faire « essaimer » le projet afin d’en maximiser l’impact social, ambition première de ce tiers-lieu citoyen et nourricier.