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Mémoire de l’esclavage : lumière sur un patrimoine havrais

Depuis 2006, le 10 mai commémore la Journée nationale des mémoires de la traite de l’esclavage et de leurs abolitions. À cette occasion, les Musées d’Art et d’Histoire, en collaboration avec la Bibliothèque patrimoniale et les Archives municipales proposent une exposition pédagogique présentée sur les grilles de l’hôtel Dubocage de Bléville, afin de partager les connaissances et rappeler la richesse des ressources qui subsistent, au Havre, sur ce pan de l’Histoire.

Depuis bientôt vingt ans, un travail régulier d’études et de documentation est mené au Havre sur les questions liées à la participation de la ville au trafic négrier. « L’Université du Havre, mais aussi de nombreux partenaires associatifs, font progresser les recherches et permet d’avoir une approche éducative, culturelle et historique sur ce négoce, précise Jean-Baptiste Gastinne, Premier adjoint au maire. Ce travail de mémoire repose sur une approche apaisée d’un sujet difficile et permet de le partager auprès de l’ensemble des habitants, notamment les élèves des écoles et collèges qui participent depuis plusieurs années à l’élaboration d’une programmation autour de cette journée de commémoration du 10 mai. »

Un système à hauteur de la Vallée de la Seine

Du XVIe au XIXe siècle, plus de 12 millions d’Africains sont déportés vers le continent américain pour le développement d’une économie qui s’organise entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. C’est ce que l’on nomme le commerce triangulaire et qui repose sur trois étapes : des navires chargés de marchandises locales quittent les ports européens à destination des côtes d’Afrique occidentale, où les cargaisons sont échangées contre des captifs déportés vers l’Amérique et vendus comme esclaves. Ces derniers produisent, dans les plantations, des denrées coloniales expédiées vers l’Europe.

Comme la plupart des grands ports de la façade Atlantique, l’histoire du Havre est liée à l’organisation et à l’essor de ce commerce triangulaire, autour d’un système commercial à hauteur de la Vallée de la Seine avec Honfleur et Rouen. « Contrairement à d’autres villes comme Bordeaux ou La Rochelle, l’urbanisme havrais du XVIIe siècle a souffert des bombardements de septembre 1944, faisant disparaître de l’espace public l’essentiel des traces matérielles de ce négoce, ajoute Jean-Baptiste Gastinne. L’une des formes urbaines qui subsiste est la Maison de l’armateur, dans le quartier Saint-François. Outre cette demeure – l’un des musées d’Art et d’Histoire du Havre depuis 2006 –, de nombreuses ressources et documents demeurent. »

Des ressources inestimables et méconnues

Une part des collections patrimoniales havraises liées à l’histoire de la traite est visible à la Maison de l’Armateur à travers des objets, mobiliers et tableaux d’époque, tandis que certains documents graphiques, manuscrits ou livres – œuvres particulièrement fragiles et délicates à exposer pour raison de conservation – sont numérisées et mises en ligne sur les sites internet des Archives et Bibliothèques municipales, « un fond patrimonial essentiel à la disposition de tous », conclut Jean-Baptiste Gastinne.

Vingt ans après la publication de la loi du 25 mai 2001, reconnaissant officiellement la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, mettre en lumière une sélection de ces objets conservés dans les institutions patrimoniales est un moyen de s’inscrire dans une démarche de partage indispensable de connaissance et de valorisation des ressources préservées par la Ville du Havre.

Nutrisco : le patrimoine du Havre chez vous !
Nutrisco est la bibliothèque numérique du patrimoine du Havre. Elle met à disposition de tous des collections patrimoniales numérisées issues de la Bibliothèque municipale du Havre et d’institutions partenaires. Vous y découvrirez notamment le manuscrit de la "Rosalie" qui illustre l'exposition installée sur les grilles de l'Hôtel Dubocage de Bléville du 8 au 31 mai 2021 : "Mémoire de l'esclavage : lumière sur un patrimoine havrais".