Culture

"Rire pour résister au monde", premier débat animé

Festival littéraire Le Goût des Autres 2015
"Rire pour résister au monde", premier débat animé du Goût des autres

«  Rire pour résister au monde ». Sur la scène du Magic Mirrors, auteurs et philosphe ont échangé leurs points de vue à l’occasion de la première table ronde du festival Le Goût des autres. Retour sur ce débat animé.

Après avoir écouté des lectures de textes de Jean-Michel Ribes, Gauz et Kourkov – interprétées par Sandra Choquet et Cyril Bothorel – le public du festival a assisté au débat « Rire pour résister au monde ». Le plateau a réuni sur les planches du Magic Mirrors l’écrivain Andrei Kourkov qui raconte dans son dernier roman Journal de Maïdan, la nouvelle histoire de son pays s’écrivant sous ses yeux ; Gauz, auteur ivoirien de Debout payé, qui témoigne dans un cri plein d’humour l’accueil des Africains en France ; le philosophe Gilles Vervish qui s’interroge sur la possibilité de rire de tout ; et celui qui a fait Du rire de résistance son credo artistique, Jean-Michel Ribes.

Premier à prendre la parole devant la salle comble, le directeur du Théâtre du Rond-Point (Paris) - Jean-Michel Ribes - a réitéré sa position, faisant du rire une arme pacifique de résistance. « La capacité de faire rire, d’être insolent et de refuser les formatages fait resprirer les gens » a-t-il martelé. Pour justifier ses propos, l’auteur dramatique, metteur en scène et cinéaste s’est appuyé sur l’Histoire, celle de l’ex Union Soviétique notamment, pour qui « le rire de résistance a été vital contre la dictature du sérieux ».

Il a ensuite opposé le rire de résistance à celui de la collaboration, précisant que ce dernier « n’était pas un rire qui nous emmène vers l’ailleurs ». Un ailleurs, synonyme d’air pur et de liberté, et dont il avait déjà fait référence plus tôt lors du débat, citant Aragon et rendant hommage à tous ces gens qui comme Alfred Jarry ou Raymond Queneau ont permis « de creuser des galeries vers le ciel ». Avant de conclure son propos : « Il ne faut pas regarder la réalité en face ; il faut regarder la réalité en farce ».

Second témoignage, celui de l’écrivain ukrainien Andrei Kourkov, qui au travers de ses souvenirs d’enfance sous l’ex-URSS, confiait au public qu’ « avant de prendre conscience du rire comme arme de résistance, j’avais compris dès mes 13 ans que le rire amenait à la liberté ». C’était l’époque où il écrivait, déjà, des blagues anti-russes.

L’auteur ivoirien Gauz a ensuite pris le micro, pimentant un peu plus le débat et faisant réagir le public. Pour lui, l’intitulé même de la table ronde est à réécrire : « ne pas parler du rire pour résister au monde ; mais plus simplement parler du rire pour dire le monde ». Avant d’ajouter : « Le rire est le minimum syndical, et devrait même être inscrit à la Constituiton ».

Le philosophe Gilles Vervisch enfin a conclu ce débat en invitant le public à se poser la question « Peut-on rire de tout ? ». Selon lui, « rien n’est sacré, mais on ne peut pas rire de tout. Chaque individu devant considérer l’humour de l’autre et l’humour de la culture de l’autre ». Il a également revendiqué « le rire comme moyen de transgression des tabous et de tout ce que les pouvoirs veulent nous imposer ».