Entretien
Sport

Sébastien Lepape : "J'ai de l'ambition mais je garde les pieds sur terre"

Le patineur de vitesse havrais dispute les Jeux Olympiques de PyeongChang
Sébastien Lepape, patineur de vitesse havrais (short track) dispute les Jeux Olympiques de Pyeongchang

Sélectionné pour disputer les Jeux Olympiques de PyeongChang (Corée du Sud) du 9 au 25 février, Sébastien Lepape fait le point avant le grand rendez-vous.

  • lehavre.fr : Comment abordez-vous ces JO, qui pour vous seront les deuxièmes ?

Sébastien Lepape : D’une manière beaucoup plus déterminée. A Sotchi, je réalisais un rêve, celui de participer aux JO. L’essentiel pour moi, c’était surtout d’y être. Je n’avais aucun objectif… et je fais quand même 8e au 1 500 m. Aujourd’hui, c’est différent. Je vais aux Jeux pour y être vraiment performant.

  • lehavre.fr : Vous ressentez donc plus de pression qu'il y a quatre ans ?

S.L. : Je dirai que je suis plus motivé. La pression est là, bien sûr, mais j’ai appris à m’en servir comme d’une force. Je suis bien dans ma tête, dans mes jambes. Je me suis entraîné dur pour aller aux Jeux. Je me sens prêt.

  • lehavre.fr : Pourtant, il y a encore quelques mois, vous pensiez arrêter votre carrière...

S.L. : C’est vrai. A l’intersaison, j’étais à deux doigts de raccrocher les patins. Je sortais d’une saison très compliquée. Il y a eu un changement d’entraîneurs au Pôle France et j’ai eu beaucoup de mal à m’adapter à ce nouvel environnement. Ce fut une longue descente aux enfers. En décembre 2016, je suis 47e mondial et rien ne va plus. Je réussis néanmoins à remonter la pente en m’entourant des bonnes personnes. Je fais un bon championnat d’Europe avec une place de 9e au général mais malgré ça, je ne suis pas sélectionné par la Fédération pour participer à la Coupe du monde. Je suis même mis en demeure de réaliser des minimas sur 500, 1 000 et 1 500 m si je veux rester dans le Pôle France. J’ai six semaines pour y arriver. Je ne comprends rien à cette décision mais je serre les dents et le Jour J, seul face au chrono, je claque un temps extraordinaire sur 1 500 m, à seulement six dixième du record du monde. Je reste à Font Romeu mais je ne suis pas retenu pour aller disputer le championnat du monde en mars. Je finis la saison tant bien que mal.

  • lehavre.fr : Et depuis, comment sont vos relations avec la Fédération ?

S.L. : Après mon break salvateur au Havre, je reviens gonflé à bloc, avec l’envie de rester « dans le game ». Lors des entretiens individuels de début de saison, on a tous mis les cartes sur la table pour repartir du bon pied, avec un seul objectif : travailler ensemble pour bien préparer les Jeux. Et depuis, ça roule nickel…

  • lehavre.fr : Pourtant votre qualification a mis le temps. Comment l'avez-vous vécue ?

S.L. : A trois mois des JO, je deviens champion de France et je fais à nouveau partie du Top 10 mondial. Mais je savais que rien n’était gagné. La sélection ne repose pas que sur les résultats. La manière de faire, l’engagement, le mental, sont également pris en compte. Seuls, deux patineurs sont sélectionnés. Objectivement, au vu de ma saison, je ne me voyais pas ne pas y être mais on n’est jamais sûr de rien. En tout cas, je m’étais donné à fond et je n’avais rien à regretter.

  • lehavre.fr : Le 18 décembre, vous apprenez votre sélection. Qu'avez-vous ressenti ?

S.L. : Une joie intense au vu de tout ce que j’avais traversé mais surtout un immense soulagement, comme un poids qui s’en va. D’un seul coup, vos épaules descendent de 10 cm.

  • lehavre.fr : En Corée du Sud, vous vous alignez à nouveau sur 500 m, 1000 et 1 500 m. Sur quelle distance vous sentez-vous le plus à l’aise ?

S.L. : J’essaie d’être le plus polyvalent possible. Je pense avoir des qualités dans chacune des distances. Je suis ambitieux mais je garde les pieds sur terre. La compétition est longue. Elle s’étire sur 15 jours, avec une course toutes les 3, 4 jours. Il va falloir rester dans sa bulle et savoir bien gérer les entraînements et la récupération.

  • lehavre.fr : Quelle votre ambition pour ces JO ?

S.L. : Je vais tout faire pour aller chercher une médaille olympique. Mais ça sera dur : le niveau est plus élevé et plus homogène qu’il y a quatre ans. Les 25 premiers mondiaux peuvent prétendre être champion olympique. J’en fais partie. Et puis il y a le facteur chance qui rend cette discipline si exaltante car tout est permis. Et comme je suis très joueur…

Son palmarès
Champion de France 2017 toutes distances et au classement général
Champion de France 2016  sur 500 m et 1 500 m
Champion de France 2014 au classement général
2e du 3 000 m au championnat d’Europe de Sotchi (2016)
8e du 1 500 m et 12e du 1 000 m des JO de Sotchi (Russie) en 2014
2 participations aux JO 2014 (Sotchi) et 2018 (PyeongChang)
2 participations au championnat du monde (2015 et 2016)
6 participations au championnat d'Europe (2013-2018)