Entretien
Un Été au Havre

"Une installation sonore pour connecter l'Église Saint-Joseph et l'océan"

Un Été Au Havre - L'artiste Susan Philipsz inonde de ses ondes l'Église Saint-Joseph avec OCEANGATE
Un Été Au Havre - L'artiste Susan Philipsz inonde de ses ondes l'Église Saint-Joseph avec OCEANGATE

A l’occasion d’Un Eté Au Havre, l’artiste Susan Philipsz investit l’Eglise Saint Joseph avec Ocean Gate, une œuvre à écouter.

  • lehavre.fr : Susan Philipsz, pouvez-vous décrire votre travail artistique?

Susan Philipsz : Mon travail porte sur les propriétés spatiales du son, et les relations entre le son et l’architecture. Je suis particulièrement intéressée par les propriétés émotives et psychologiques du son, et par la façon dont il peut être utilisé comme dispositif pour toucher la conscience individuelle. Je l’utilise comme un médium dans les espaces publics, pour modifier de façon passagère la perception que les auditeurs ont d’eux-mêmes en un temps et en un endroit particuliers.

  • lehavre.fr : Quel a été votre premier contact avec Le Havre?

S.P. : Je connaissais déjà la France (j’ai présenté une exposition avec Natalie Seroussi à Paris en 2011), mais je n’étais jamais venue au Havre. Pour ma première visite, j’ai rejoint Kitty Hartl et Jean Blaise, respectivement commissaire et directeur artistique d’Un Eté Au Havre. Nous avons parcouru le centre-ville, visité l’Église Saint-Joseph, exploré la plage et le port. J’ai trouvé toute la ville extraordinaire.

  • lehavre.fr : Comment avez-vous appréhendé l’Église Saint-Joseph?

S.P. : La plupart des villes en béton sont “brutalistes”, peu attrayantes. Mais au Havre, le béton a été utilisé avec beaucoup de réflexion. La ville est un exemple de ce qu’il est possible d’accomplir avec un tel matériau. Vue de l’extérieure, l’église ressemble au reste de la ville, le traitement du béton est le même, mais quand vous pénétrez dans l’édifice, c’est différent. Quel intérieur magnifique! Tellement chaleureux, tacheté des lumières colorées filtrées par les vitraux. La tour semble s’élancer pour toujours. J’ai tout de suite su, en visitant Saint Joseph, que je voulais travailler dans cet endroit.

  • lehavre.fr : Vous présentez OCEANGATE, en français la Porte de l’Océan. Que pouvez-vous nous dire sur cette oeuvre?

S.P. : L’Église Saint-Joseph a été décrite comme un phare érigé à la Porte océane, visible depuis le port et depuis presque toute la ville. Toutefois, à l’intérieur, c’est un monde à part entière, magnifique en soi. Les murs en béton et l’intérieur de la tour sont spectaculaires, mais sans fenêtres, la connexion sur l’océan est perdue. J’ai imaginé une installation sonore pour recréer cette connexion. Inspirée par l’orgue installée au niveau supérieur de l’église, j’ai décidé d’enregistrer des sons d’orgues à tuyaux, puis de les arranger sur un mode ”call-response”, une technique de composition qui fonctionne comme une conversation. Les sons des orgues rappellent les cornes des navires dans la brume, créant une atmosphère marine. Ils sont fabriqués en soufflant doucement dans les tuyaux ; les mouvements de la respiration deviennent une métaphore de la vie. Chaque enceinte posée sur les piliers aux quatre coins de l’église diffuse le son d’un orgue. L’installation est programmée en boucle, telle des ondes sonores sans fin, constamment en mouvement, comme l'océan.

  • lehavre.fr : Votre travail peut être écouté dans des espaces publics, des paysages, des endroits où les gens circulent. De quelle façon votre art interagit-il avec le public et l’architecture?

S.P. : Je suis en cours d’études, et c’était une belle occasion de réaliser un projet de grande ampleur, avec les enjeux liés au hors-les-murs, dans un cadre qui sort de l’exposition habituelle. J’aime le côté accessible d’Un Eté Au Havre : c’est une manifestation qui touche tout le monde, du passionné d’art au riverain. Certaines personnes vont sans doute se retrouver face à l’œuvre que j’ai créée sans l’avoir cherché, et je trouve cela vraiment très intéressant !

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