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Vincent Volpe : "Le rêve absolu, l’accession simultanée en 2019 de nos équipes masculines et féminines"

Entretien avec le président du HAC Football Vincent Volpe
Entretien avec le président du HAC Football Vincent Volpe

Président du HAC Football depuis 2015, Vincent Volpe revient sur une saison contrastée et évoque le parcours et les objectifs des équipes féminines et masculines.

  • lehavre.fr : La France championne du monde en juillet 2018 ! Comment allez-vous profitez de cette belle dynamique ?

Vincent Volpe : C’est une fierté pour tous les Français, y compris pour un Américain comme moi, en France depuis 28 ans et marié à une Française. C’est certainement aussi un élément qui valorise notre championnat et nos écoles de formation. Trois champions du monde sont issus de la Cavée verte : Paul Pogba, Steve Mandanda et Benjamin Mendy.

  • lehavre.fr : Quel est votre commentaire sur cette fin de saison chaotique et les incidents largement médiatisés avec l’équipe corse d’Ajaccio ?

V.V. : Ma réflexion sur la dernière saison de notre équipe masculine c’est que nous avons perdu Samba Diop, un jeune garçon de 18 ans brutalement décédé. Le reste, les victoires comme les défaites, s’apparentent à du détail. Les joueurs ont joué pour lui et plutôt bien joué. Il n’a pas manqué grand-chose pour que notre rêve se réalise. Concernant les incidents à Ajaccio, je crois que la plupart des observateurs conviennent que le match ne s’est pas déroulé de manière équitable et que la chaîne de responsabilité des instances dirigeantes du football a failli. La ligue a prononcé des sanctions. Nous avons fait appel auprès du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) sans pour autant en espérer grand-chose puisque le championnat de Ligue 1 démarrera début août sans nous. Désormais, notre objectif est de faire entendre notre voix pour faire en sorte que de tels agissements ne puissent plus se reproduire.

  • lehavre.fr : Quel message voulez-vous faire passer pour prévenir d’éventuels nouveaux incidents sur les prochaines rencontres avec le club d’Ajaccio ?

V.V. : Pour le football en général, tout le monde regrette cette spirale négative qui souligne une forme d’échec. Il va falloir prendre un peu de recul avant les prochains matchs. Je contacterai mon homologue pour voir ce qu’il convient de faire pour s’assurer que les choses se passent bien, quitte à décider le cas échéant d’éviter aux supporters de voyager. Pas d’inquiétude… Nous allons trouver des solutions et la vie continue…

  • lehavre.fr : Quelles sont vos ambitions pour la saison à venir ?

V.V. : La masse salariale des joueurs a augmentée de plus de 70 % depuis mon arrivée. Même si nous ne signons pas de spectaculaires transferts dont nous n’avons pas forcément besoin en Ligue 2, nous continuons à investir dans l’effectif. Mais je tiens à affirmer que j’accorde toute ma confiance à l’équipe telle qu’elle est structurée aujourd’hui. L’état d’esprit du groupe est formidable. La relation avec l’entraîneur et le staff technique est excellente. Nous avons profité de belles opportunités durant le Mercato pour y ajouter des joueurs de talent et nous renforcer notamment en milieu de terrain. Deux joueurs nous ont quitté pour de nouvelles aventures sportives. C’est le jeu normal des transferts. Notre objectif reste invariablement identique: accéder à la Ligue 1 le plus vite possible !

  • lehavre.fr : Vous avez signé le retour de François Rodrigues, nouveau directeur technique de la formation… Quelle sera sa feuille de route ?

V.V. : Dans le domaine de la formation, nos priorités stratégiques ont été fixées voici plus de 2 ans. J’ai pris pas mal de temps pour observer le fonctionnement de notre centre de formation. En l’an 2000, nous étions numéro 4 en France. Quinze ans plus tard, à la seizième place… Il était donc important de comprendre comment nous pouvons améliorer les choses. Dans un premier temps, nous avons ajouté une cellule de recrutement. Nous avons aussi regardé attentivement ce qui se faisait de mieux au niveau international et nous avons fait venir Denis Lavagne à la tête de notre centre de formation pour profiter notamment de sa grosse expérience internationale. D’un commun accord, nous avons décidé de faire venir François Rodrigues en provenance du PSG. Ce professionnel aguerri occupera un rôle technique et veillera à la cohérence de notre approche éducative, y compris à l’étranger où nous souhaitons investir dans le futur. Nous sommes ravis de cette arrivée.

  • lehavre.fr : Y a-t-il de nouvelles orientations concernant votre politique de formation ?

V.V. : Un de nos axes stratégiques consiste à recruter de jeunes joueurs, pour les former puis leur proposer leur premier contrat professionnel chez nous. La grande majorité de l’équipe qui a failli accéder en Ligue 1 était issue de notre centre de formation. Nous avons lancé cet été notre premier camp d’entraînement aux USA à New Heaven, une ville portuaire de l'État du Connecticut. Notre volonté est d’accroître ensuite notre présence aux USA autant pour le recrutement que pour les échanges culturels. Avec l’ambition de fonder à terme une académie havraise aux USA pour former sur place, à la havraise, les jeunes garçons et filles et inciter les meilleurs éléments à venir au Havre intégrer nos équipes professionnelles.

  • lehavre.fr : Quelle est la spécificité de la formation footballistique havraise ?

V.V. : La clef repose peut-être sur la transmission d’un certain savoir-faire. Nos éducateurs ont été eux-mêmes formés ici avec une approche qui vise à former les jeunes à devenir des professionnels confirmés, avec tout ce que cela implique. Rennes vient de nous acheter Rafik Guitane pour 10 M €. Ce joueur très talentueux issu de notre centre de formation, jouait déjà en équipe première à 17 ans où il a eu le temps de s’aguerrir et de se frotter au haut niveau. A moyen terme, nous souhaitons créer au Havre un centre de formation d’excellente qualité pour former filles et garçons au foot de haut niveau, tout en les aidant aussi à devenir d’excellents citoyens.

  • lehavre.fr : Pourquoi avoir choisi de créer un nouveau centre d’entraînement pour le HAC à proximité du Stade Océane ?

V.V. : Je veux rappeler un chiffre à la base de notre réflexion sur ce sujet : durant les quatre dernières saisons, l’équipe première du HAC a gagné en moyenne 20 % de points en moins durant l’hiver. Une période pendant laquelle l’équipe s’entraîne sur un terrain synthétique parce que la pelouse de notre centre d’entraînement de Saint-Laurent de Brèvedent est impraticable. Sportivement, ce manque de consistance nous a coûté cher durant les trois dernières années. Soit nous restions à Saint-Laurent en se dotant d’un terrain hybride très similaire à celui du Stade Océane, en pelouse naturelle renforcée avec des fibres synthétiques. Soit nous décidions de migrer à proximité du Stade. Cette option a finalement été retenue comme un des éléments de redynamisation de ce quartier d’entrée de ville. La CODAH met à disposition les terrains, le HAC réalise les travaux. Trois terrains flambant neufs devraient voir le jour derrière le Stade Océane en janvier 2019. Ils seront aussi mis à disposition d'une sélection nationale dans le cadre de la Coupe du Monde féminine en France (du 7 juin au 7 juillet 2019).

  • lehavre.fr : Conformément à votre objectif, l’équipe féminine accède à la D2… C’est une fierté ?

V.V. : Vingt et une victoires, un match nul…  Sous les ordres de l’entraîneur Thierry Uvenard, l’équipe féminine a connu un superbe parcours l’an dernier, en Championnat et en Coupe de France où, après sept tours, nous avons perdu en quart de finale contre une équipe qui a fini cinquième en D1. Nous avons ensuite gagné nos matchs de barrage mais Nice a décidé de porter réclamation sans succès puisque les instances nous ont donné raison début juillet sur la régularité des procédures d’enregistrement des licences de nos joueurs américaines. Après l’avoir gagné sur le terrain, l’équipe a gagné aussi sur tapis vert le droit de jouer le championnat 2018/2019 de D2.

  • lehavre.fr : Qu’est-ce qui va réellement changer ?

V.V. : Cette année nous avions entre sept et huit Américaines sur le terrain. En D2, le règlement prévoit qu’une équipe ne doit pas inscrire plus de trois joueuses extra-européennes sur la feuille de match. La plupart des joueuses américaines ont tout de même décidé de rester. Nous aurons donc la possibilité de faire tourner l’effectif. Les joueuses ont repris début août le chemin de l’entraînement avec beaucoup d’enthousiasme. Nous avons également recruté de nouvelles joueuses françaises de qualité et des filles européennes, notamment une Galloise et une Ecossaise formées aux USA, un pays qui compte 20 millions de licenciées et dispose de superbes écoles de formation de foot féminin. Nous devrions avoir une équipe encore plus performante que l’année dernière. L’objectif reste inchangé : accéder à la D1 le plus vite possible. Mais cela ne me déplairait pas que cela puisse se faire au terme de la saison qui s’engage !

  • lehavre.fr : Le Havre va accueillir 7 matches de la Coupe du Monde féminine. Quelles conséquences attendez-vous à plus ou moins long terme pour votre club et pour le territoire ?

V.V. : On souhaite évidemment à l’équipe de France féminine de connaître le même destin en 2019 que celle des hommes en 2018. C’est un privilège aussi que notre stade accueille de nombreux matchs et l’équipe de France si elle se qualifie pour la phase finale. D’ailleurs, nous organiserons le 19 janvier 2019 un match amical opposant l’équipe de France à celle des USA. Au-delà des formidables retombées économiques, cet évènement populaire d’ampleur mondiale va forcément créer une dynamique très favorable pour promouvoir le sport féminin de haut niveau. En parfaite synergie avec notre propre ambition de développer le foot féminin au Havre. Le rêve absolu serait évidemment l’accession simultanée en 2019 de nos équipes masculines et féminines. Mais je n’ose même pas m’exprimer à ce sujet.