Patrimoine mondial UNESCO

Le triangle monumental, de l'esplanade Jacques Tournant à la place Auguste Perret
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À pieds
2 h

Pour son œuvre architecturale, Auguste Perret est l’architecte désigné pour le chantier inédit de la reconstruction du Havre, durement bombardée à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

L’atelier Perret imagine alors une ville neuve destinée à reloger les 40 000 habitants du centre-ville au sein d’environ 150 ilots orthogonaux positionnés d’après 2 trames urbaines longeant les anciens quais. A l’intérieur de cette double grille, la rue de Paris, l’avenue Foch et le boulevard François Ier forment un « triangle monumental » reprenant ici la position et la fonction qu’ils occupaient avant-guerre. De même, les édifices emblématiques sont réinscrits : Hôtel de Ville, Bourse, Halles, églises...

Toutefois, la reconnaissance du « Havre reconstruit » est récente : son inscription sur la liste du patrimoine mondial par l’Unesco, en juillet 2005, couronne les démarches antérieures menées par Joseph Abram en 1980 et par les actions menées par la ville en matière de valorisation et de protection, et restitue toute sa dimension historique et symbolique.

Hôtel de Ville
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Hôtel de Ville : la reconstruction par l'Atelier Perret

Dans le plan d’urbanisme réalisé par l’Atelier Perret, l’Hôtel de ville retrouve approximativement son emplacement d’avant-guerre, comme la plupart des bâtiments emblématiques. Son inauguration en 1958 symbolise la renaissance de la ville. Dans un registre monumental, l’édifice se compose de deux parties distinctes dont le caractère reflète les usages : la tour-building de dix-huit étages comprend des bureaux administratifs, le bâtiment horizontal - souligné par une colonnade s’étirant sur 92 mètres - abrite les grands salons, et se termine à l’est par le théâtre de l’Hôtel de ville. À partir de 1954 et après plusieurs esquisses âprement discutées par le conseil municipal, le couronnement de la tour est achevé par Jacques Tournant. L’extension et le transfert de l’entrée principale côté nord a été réalisée en 1987 sous la direction de l’architecte Pierre Colboc.
Cet édifice est le seul au Havre, avec l’église Saint Joseph, à avoir été conçu par Auguste Perret lui-même.

Esplanade Jacques Tournant et place de l'Hôtel de Ville
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Esplanade Jacques Tournant et place de l'Hôtel de Ville

La place de l’Hôtel-de-ville est l’une des plus grandes d’Europe, arborant un symbole public de la renaissance du Havre : l’Hôtel de ville construit par Auguste Perret. Dans le plan d’urbanisme réalisé par l’Atelier Perret, cet édifice retrouve son emplacement d’avant-guerre et traduit le vocabulaire architectural de l’architecte : une composante classique identifiée par une colonnade, s’adjoignant à une conception moderne avec une tour-building culminant à plus de 70 mètres, hébergeant des bureaux administratifs.
L’esplanade Jacques Tournant est alors entourée d’édifices datant également de la reconstruction : les Immeubles Sans Affectation Individuelle (I.S.A.I.), préfinancés par le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (M.R.U.) sont acquis par les sinistrés sur leurs dommages de guerre. En tant que véritable chantier expérimental, le centre reconstruit reflète la mise au point de méthodes de standardisation et de préfabrication des éléments architecturaux, mené entre-autre par Jacques Tournant, afin d’inscrire « la ville en mesure, telle une harmonie musicale ».

Avenue Foch
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Avenue Foch

Auguste Perret souhaitait que cette artère devienne « les Champs-Elysées » du Havre : son positionnement entre l’Hôtel de Ville et la mer, ses dimensions (80 mètres de large pour  x 700 mètres de long), sa composition (allée piétonnière, stationnement, contre-allée et trottoirs) et la qualité d’exécution des immeubles qui la bordent en font une avenue particulièrement remarquable.
De tailles identiques, les îlots se singularisent par leurs ouvertures, textures et teintes, toutes différentes. Quelques bas-reliefs relatent les « Gloires du Havre »: artistes, écrivains, marins, soldats, architectes fondateurs, industriels et explorateurs sont ici exposés au regard du passant.

Square Saint-Roch
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Square Saint-Roch

Avant de devenir un jardin public, cet emplacement a vu se succéder un lazaret destiné à isoler les malades puis un cimetière, placés tous deux à l’extérieur de la ville fortifiée depuis le XVIe jusqu’au milieu du XIXe siècle. Devenu jardin à l’anglaise avec bassins, grottes et kiosque, le square Saint-Roch est détruit lors des bombardements de 1944 : réaménagé dans les années 1950-60, il est entouré d’une clôture ajourée en béton dessinée par Auguste Perret.
A mi-chemin entre la plage et le centre-ville, le square Saint-Roch offre aujourd’hui au visiteur une pause romantique. Rendez-vous quotidien pour certains, simple lieu de passage pour d’autres, moment de flânerie entre les saules penchés sur leurs bassins, les parterres impressionnistes, les sculptures et la magnifique roseraie, ou véritable terrain de jeu pour les enfants, cet endroit est l’un des espaces de détente préférés des Havrais.
A proximité de l’entrée située au croisement des rues Georges Braque et Othon Friesz, un  kiosque à musique « Belle Epoque » accueille de nombreux concerts gratuits pendant l’été.

Porte Océane
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Porte Océane

L’ensemble monumental de la Porte Océane reflète les principes d’Auguste Perret : une composition urbaine traditionnelle associée à des îlots d’habitations modernes. Achevée en 1956, la Porte Océane comprend des immeubles de 6 niveaux ponctués par 2 tours de 13 étages, symbolisant les portes de la ville : à la croisée de l’univers maritime et du centre-ville moderne.
La construction est confiée à des membres de l’Atelier : Jacques Poirrier (nord) et André Hermant (sud). La porte nord utilise le procédé du portique, permettant la préfabrication en usine (structure porteuse et panneaux de remplissage), suivie d’un assemblage in situ.

Boulevard François Ier
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Boulevard François Ier - Clinique François Ier

Cet axe, issu de l’arasement des enceintes au milieu du XIXe siècle, est réintroduit dans le plan Perret, au sein du «triangle monumental».

En remplacement d’une clinique détruite, la polyclinique François Ier est réalisée par un ancien élève de Perret, l’américain Paul Nelson, qui propose un bâtiment fonctionnel et moderne, achevé en 1955. L’extension et les travaux de mise aux normes datent des années 1990.

Eglise Saint-Joseph
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Eglise Saint-Joseph

Construite sur les plans d’Auguste Perret, l'église Saint-Joseph est achevée après sa mort par des architectes de son Atelier. Symbole de la ville renaissante dédié à la mémoire des victimes des bombardements, elle est l'un des chefs d'œuvre architecturaux du XXe siècle, emblème de la reconstruction en Europe.

Son clocher culmine à 107 mètres de hauteur car Perret imaginait qu’il serait le premier monument visible par les passagers venant des Etats Unis par bateau.
Outre la prouesse technique et l’impressionnant savoir-faire constructif déployés ici, l’intérieur de l’église est sublimé par la lumière extérieure, filtrée grâce aux 6 500 verres colorés conçus par Marguerite-Félicité Huré, maître-verrier qui participe au renouveau de l’art sacré en France dès 1919.
Le chœur comprenant l’autel majeur, la clôture et le ciborium sont réalisés par l’architecte Guy Verdoïa, en 1964.

Collège Raoul Dufy
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Collège Raoul Dufy

Réalisé entre 1950 et 1956 par Pierre-Edouard Lambert, membre de l’Atelier Perret, cet équipement scolaire, à l’origine un établissement pour jeunes-filles, s’organise autour d’une vaste cour carrée, abritée des vents.
L’influence de Perret est manifeste :
- ossature apparente ;
- nombreuses fenêtres ;
- panneaux de remplissage en béton (tons violet et rose) ;
- colonnes, claustras, entablement, voûtes en pavés de verre.
L’agrandissement au nord-ouest a été réalisé en 2004 par Pierre Dubus.

Halles centrales
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Halles centrales

Situées dans un quartier commercial et animé, les Halles centrales ont retrouvé leur emplacement d’avant-guerre. Conçues en 1960 par André Le Donné, Charles Fabre et Jean Le Soudier, elles se caractérisent par une couverture voûtée, flanquée de boutiques sur le pourtour. Réhabilitées en 1999, les Halles conservent leur vocation de marché de détails.

Ecole de Management de Normandie
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Ecole de Management de Normandie

Créée en 1871 au Havre, l’École de Management de Normandie est l’une des plus anciennes écoles françaises de commerce.
Établissement de formation supérieure et de recherche au management, l’EM Normandie est implantée sur 5 campus à Caen, Deauville, Le Havre, Paris et Oxford.
Née au XIXe siècle, cette école perpétue une vocation havraise, tournée vers le négoce lié aux activités maritimes et portuaires. Reconstruite entre 1953 et 1957 par l’architecte havrais Robert Royon, elle se singularise par le traitement de l’angle des rues Emile-Zola et Emile-Renouf : une colonnade doublée d’un mur en pavés de verre file du plancher à la corniche.

Front de mer Sud
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Front de mer Sud

Construit sous la direction de Pierre-Edouard Lambert et achevé en 1956, cet ensemble est composé d’immeubles bas de 4 étages, ponctués de 2 tours de 10 étages.

Appartenant à l’Atelier, cet architecte reprend les préconisations d’Auguste Perret :
- îlots ouverts sur cour ;
- hiérarchisation des rues ;
- passages et cours intérieures ;
- ossature des bâtiments apparente ;
- traitement du béton : lavé, bouchardé, brut de décoffrage.

Rue de Paris
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Rue de Paris

Auguste Perret souhaite réhabiliter l’activité commerçante d’avant-guerre de cette rue, la plus ancienne du Havre.
Il se réfère au modèle parisien de la rue de Rivoli : une artère monumentale flanquée de larges galeries couvertes, comprenant des commerces en rez-de-chaussée.
Les immeubles sont tous de même hauteur avec des variations dans le traitement des colonnes, des balcons, des ouvertures ou des claustras : une composition d’ensemble offrant une expression architecturale diversifiée.

Quartier Saint-François
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Place Gambetta, quartier Saint François reconstruit : le rôle de George Priem

La reprise des activités de la place Gambetta, aujourd’hui place du Général de Gaulle, pôle intellectuel et artistique depuis le milieu du XIXe siècle, prend plusieurs décennies. Toutefois, dès l’immédiat après-guerre, des enseignes havraises s’installent à proximité comme les « Galeries modernes », abritant 1500 m2 de magasins et de bureaux ainsi que « l’Hôtel de Normandie », où descendent les voyageurs des transatlantiques.
Aujourd’hui, ceux-ci abritent des boutiques et une librairie. Unique vestige d’avant-guerre sur cette place, le monument aux morts, dit « de la victoire » évoque les Première et  Seconde Guerres mondiales, par l’apposition des noms des victimes sur son socle.
Plus à l’Est, le quartier Saint-François, l’un des plus anciens du Havre, recèle également des édifices anciens, intégrés, restaurés et mis en valeur dans le plan Perret, grâce à la persévérance et aux conférences, dessins, photos et articles de Georges Priem. Cette reconstruction dite régionaliste côtoie des bâtiments préservés comme la maison de l’Armateur, l’hôtel Dubocage de Bléville, l’hôtel Bocques ou l’église Saint-François.

L'Espace Oscar Niemeyer
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L'Espace Oscar Niemeyer

L’extrémité Ouest du bassin du commerce s’achève sur le Volcan, œuvre du célèbre architecte Oscar Niemeyer, finalisée en 1982 ; cette maison de la culture figure parmi les œuvres majeures qu’il a réalisées en dehors de son pays d’origine, le Brésil, lors de son exil en Europe.
Le bâtiment est traité en voiles de béton peints en blanc, tout en volumes et trajectoires courbes ; il impose son lyrisme dans un cadre urbain rigoureusement orthogonal. Son expression architecturale découle des doctrines de Le Corbusier, tout en cherchant à atteindre une poétique architecturale.
L’ensemble, accessible par des jeux de rampes et escaliers, comprend deux volumes distincts :
- l’un, hyperbolique et haut : Le Grand Volcan, abritant une salle de spectacle de 1200 places de type amphithéâtre s’ouvrant sur une large scène de 25,70 mètres ;
- l’autre, cylindrique et plus discret : Le Petit Volcan, qui depuis 2015, est devenu une bibliothèque moderne avec une surface de 5 000 m² permettant d'accueillir les publics les plus larges.

 

Appartement témoin Perret
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Maison du Patrimoine - Appartement témoin Perret

La Maison du patrimoine - atelier Perret est un lieu dédié au patrimoine de la région havraise. Cette structure organise des actions de valorisation du patrimoine dans le cadre du label Ville d’Art et d’Histoire (visites guidées, conférences, ateliers, expositions), et plus particulièrement des visites d’un appartement témoin au design des années 50 situé à proximité.
La ville du Havre a en effet reconstitué un appartement au premier étage d’un immeuble sans affectation individuelle ou immédiate (ISAI), conçu par l’atelier Perret à partir de 1946.
Ouvert au public depuis 2006, il permet de découvrir les aménagements proposés par l’atelier pour reloger les habitants au lendemain de la guerre : double orientation, ensoleillement optimal, cuisine et salle de bains intégrées, vide-ordures, chauffage collectif à air pulsé. Le mobilier choisi fait référence aux aménagements des appartements types présentés pendant la reconstruction (entre 1945 et 1955) et destinés aux sinistrés havrais.
Du style de René Gabriel à celui de Marcel Gascoin, en passant par André Beaudoin, l’origine des Trente Glorieuses est ici relatée au travers des objets du quotidien : réfrigérateur, gazinière, auto-cuiseur, aspirateur, lave-linge mais aussi tourne-disque, machine à écrire, vêtements, journaux et revues plongent le visiteur dans une époque ayant nourri le style de vie que nous connaissons aujourd’hui.