Grande parade nautique au Havre

La face cachée des Musées d'art et d'histoire

Ce dessin anonyme de 1840 intitulé Grande parade nautique au Havre met en scène les fameuses « régates » havraises. Ces courses opposaient des embarcations classées en fonction de leurs catégories et pénalités : baleinières, bateaux pilotes, yachts… Elles sont inaugurées le 29 juillet 1840 et réunissent près de 12 000 spectateurs, c’est un véritable succès ! Cette œuvre, nouvellement arrivée, vient enrichir utilement la section de l’Hôtel Dubocage de Bléville consacrée aux « Régates ».

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Dessin au lavis, Grande parade nautique au Havre, 1840, Anonyme, Collections des Musées d'art et d'histoire de la Ville du Havre

Les premières régates françaises furent havraises

En 1838, pour encourager les ambitions balnéaires de la ville du Havre et dans l’objectif de développer la fréquentation touristique de la cité océane, une première société baptisée « Régates internationales du Havre » est fondée en lien avec l’Hôtel et les bains Frascati. Cette institution - la plus ancienne en Europe continentale - s’inspire du modèle des régates britanniques ; elle illustre l’engouement naissant alors en France pour l’aviron et le yachting. Ces pratiques de loisirs réunissent des amateurs fortunés, membres de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie. Les compétitions qui les opposent rassemblent des milliers de spectateurs. Les premières régates françaises - à l’aviron - sont organisées au Havre le 18 août 1839, devant les bains Frascati, sous la présidence du commissaire général de la marine Denois. L’année suivante, les véritables régates, comme on les entend aujourd’hui naissent. Ce sont celles représentées sur le dessin.

Une organisation bien ficelée, un événement très prisé

L’aviron et la voile sont dissociés, les épreuves se déroulent sur trois jours, elles sont inaugurées le 29 juillet 1840, sous le patronage prestigieux de François d’Orléans, duc de Joinville. Précédées par des épreuves de sélections, elles opposent des embarcations classées en fonction de leurs catégories et pénalités : baleinières, bateaux pilotes, yachts… et réunissent près de 12 000 spectateurs. Ce succès, renouvelé en 1841, incite les organisateurs des régates à plus d’indépendance et à la fondation, en 1842, de la « Société des Régates du Havre », dissociée de l’Hôtel Frascati. L’institution existe encore aujourd’hui. Reconduite tous les ans, la manifestation devient rapidement l’événement phare de la « Saison » estivale. De multiples facteurs expliquent la réussite du projet. La position géographique du Havre et les moyens de communications qui desservent le port, renforcés par l’ouverture de la ligne de chemin de fer Rouen-Le Havre en 1848, sont des atouts majeurs. Ils font de la « Cité Océane » un lieu idéal, accessible aux compétiteurs britanniques et susceptible de rassembler des amateurs, de Honfleur à Paris. Des prix intéressants attribués aux vainqueurs et les paris engagés par les spectateurs ajoutent une tension supplémentaire à l’intérêt sportif des compétions. Les régates du Havre sont également l’occasion de rencontres mondaines et de fêtes, qui pour des raisons différentes, séduisent un public nombreux et diversifié.

Intérêts multiples de l’œuvre

Ce dessin, au lavis, intitulé « Parade nautique au Havre » et daté, en bas à droite, du 29 juillet 1840, constitue un témoignage direct et remarquable des manifestations et spectacles offerts au public à l’occasion des premières régates à la voile organisées en France. La composition classique s’appuie sur une ligne d’horizon basse qui sépare ciel et mer. À droite : le bord de l’eau, les rangs de spectateurs, les arêtes des toitures des ailes de l’hôtel Frascati, celles des constructions qui s’échelonnent à leur suite, dessinent un faisceau convergeant vers un point de fuite situé au pied des falaises. Plus aérée, la partie gauche du dessin met en scène le spectacle des embarcations, évoluant par catégories suivant une « chorégraphie » savamment orchestrée : les esquifs légers utilisés pour l’aviron au plus près des spectateurs, les voiliers aux mâtures complexes, voisinant en arrière-plan avec les cheminées et les volutes de fumée de quelques « vapeurs » associés à la fête. À terre, massés sur la plage et sur les tribunes, des spectateurs innombrables, rassemblés en une foule dense, assistent à cette « grande parade » et rendent compte du succès de la manifestation.

La représentation de ce moment particulier, l’attention portée à l’agencement des embarcations en parade, et la densité de la foule des spectateurs, correspondent en tous points aux données enregistrées à propos de cet événement. D’autres images : estampes, dessins de presse, conservent le souvenir de cette manifestation, elles en montrent d’autres aspects, s’attachant notamment à la représentation des voiliers en courses et en mer. Le point de vue particulier de ce dessin, incluant la plage et les spectateurs et la déclinaison typologique de toutes les catégories d’embarcations représentées en font un document primordial pour la connaissance organisationnelle de l’événement. Par ailleurs l’équilibre subtil des lignes, des masses et des zones d’ombres et de lumière, l’attention portée par l’artiste aux reflets changeants observés à la surface de l’eau, confèrent à ce dessin, de composition assez académique, un intérêt plastique indéniable.

Cette œuvre vient compléter utilement les collections des Musées d’Art et d’Histoire du Havre. Au-delà du caractère anecdotique du sujet représenté, elle vient enrichir la section des musées consacrée aux Régates, institution pionnière, représentative de formes de sociabilités particulières et de pratiques de loisirs, initiées par la Haute-Bourgeoisie havraise qui s’ouvrent progressivement.