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Culture

Vos lettres de reproches à un objet

Festival littéraire Le Goût des Autres 2015
Vos lettres de reproches à un objet

Le Goût de Autres a donné l'occasion à des écrivains amateurs de rédiger LEUR lettre de reproches à un objet, à l'image de celle écrite par Pierre Desproges en son temps. Celui-ci "s'acharnait" sur... un cintre ! Samedi 24 janvier à 18 h, l'acteur havrais Jérôme Boyer a pris place au coeur de l'Idolize Mirrors pour une lecture de vos lettres. Extraits.

Ecrites donc par des Havrais, petits et grands, ces lettres sont autant de petites vengeances pleines d'humour, valorisant les multiples tracas occasionnés par ces fichus objets !

Voici quelques exemples, comme autant de pépites réalisées spécialement à l'occasion du festival Le Goût des Autres 2015.

Cher Sac,

Je t’écris cette lettre pour te faire pars de ma souffrance. Depuis longtemps tu m’accompagnes partout ou je vais. Eté comme hivers, tu m’épaules. Tu me suis fidèlement dans tous les lieux où je me rends ! Tu connais toute ma vie intime ; je pourrais même dire que tu vis avec moi. Alors me diras-tu, pourquoi suis-je un fardeau pour toi ?

C’est une très bonne question, à laquelle il faut que je te réponde sincèrement.

Depuis l’âge de mes 6 ans je te connais. Tu m’es apparu carré, rose, remplie de poches et pochettes. Mais voilà, alors que je ne t’avais rien fait, que je n’étais qu’une innocente petite fille, tu étais déjà devenu une charge qu’il fallait que je porte sur mon dos toute la journée. De plus, tu étais rempli de trousses, cahiers et livres imposants. Cette relation dura quelques années tout de même. Et puis un jour j’ai dis stop ! Stop à ta couleur, stop à ta forme. J’avais grandi ! C’est à ce moment que je me suis rendu compte que, plus je grandissais…et bien, plus toi aussi tu augmentais. En taille, en poids. Tu m’as désespéré !!! Toujours sur moi, à être derrière mon épaule, tu m’as épuisé. En plus de tout cela, tu as, comme un mouton de panurge, suivi la mode. Tu aurais pu te démarquer, faire preuve d’intelligence, mais non ! Dans les années 2000, lorsque tu étais sur mon dos, tu descendais tes bretelles le plus bas possible, m’obligeant à me cambrer pour essayer de ne pas avoir mal. Petite parenthèse, je suis tout de même heureuse de ne pas t’avoir connu au moment où le monde de la mode t’appelait ‘banane’. Puis j’ai moi aussi voulu changer de style, et je t’ai pris en bandoulière. Au début notre relation fut idyllique. Tu étais proche de moi, toujours à porté de main. J’ai commencé à te faire confiance, puisque tu fus le gardien de mes papiers d’identités, de mes clés de maison. Au fur et à mesure, je t’ai même confié, mon agenda, ma recharge de téléphone, un paquet de mouchoirs, des pansements, une lotion antibactérienne, une mini glace, un peu de maquillage, quelques papiers et stylos et même une ou deux serviettes hygiéniques : une vraie petite maison au bout de mon bras. C’est à ce moment que tu as recommencé. Gavé comme une oie, tu t’es déchargé sur moi, en faisant souffrir ma nuque, mes épaules, et toutes mes vertèbres. "Vengeance", t’es –tu alors dit ! Mais il fallait faire quelque chose une bonne fois pour toute. C’est alors que j’ai décidé d’aller voir LE médiateur de tes problèmes de surpoids : j’ai nommé, l’ostéopathe ! Il m’a fait comprendre que, te faire avaler tout et n’importe quoi n’était que souffrance pour nous deux. Alors je t’ai mis à la diète, parfois même au placard pour te remplacer par ton frère ‘ à main’ qui était, tantôt plus pratique, tantôt plus esthétique.

Quoi qu’il en soit, toi et moi, ça a été, c’est et ce sera toujours tumultueux. Mais au final Sac, que serais-je sans toi…

La plus fidèle de tes amies.

Marion

Cher aspirateur,

Lorsque tu sors de ton placard, cela m’est un supplice, ce bruit qui bourdonne à mes oreilles m’est insupportable.
De plus pour t’allumer tu m’obliges à me mettre à tes roues et cela me donne mal au dos! Je dois également procéder à tout un stratagème dans le but de te brancher est très agaçant!
Je te haie ! Je te haie ! 

Ô toi ménage,

Tunnel infernal ! On n’en voit jamais la fin !
A peine fini, je dois déjà te reprendre !
Ce qui me contraint le plus c’est le déménagement auquel je dois procéder chaque fois pour rendre l’ensemble de mon sol propre.
En musique je te fais afin que la corvée me paraisse un peu plus gaie.
Mais je te prie de bien vouloir m’épargner quelque temps !

Chère Machine à coudre,

Malgré les caresses que je te fais quand tu fais des tiennes, tu n’en fais toujours qu’à ta tête ! Tu te décides souvent de ne plus fonctionner quand nous devons finir notre travail. De plus lorsque nous n’avons plus que 10 centimètres à coudre alors que j’en ai besoin de plus tu ne prends même pas la peine de me prévenir : à cause de toi je dois maintenant changer le fil dans la cannette juste pour quelques centimètres !
Et pourrais-tu aussi s’il te plait faire un peu plus attention à moi ? Car même avec tout ce que nous réalisons ensemble, tu me piques souvent le bout du doigt, je me sens donc obligée de t’insulter.

Merci de me comprendre et t’arrêter tes caprices.

Club des aînés Auguste Conte