Une ville chargée d'histoire

Les trésors du Havre sont insoupçonnés. Le Fort !, les Jardins Suspendus, le bunker de la rue Gabriel Monod, les collections des Musées d'Art et d'Histoire, l’appartement témoin… nombreux sont les lieux qui évoquent de fantastiques aventures.

© Bibliothèques municipales du Havre

Naissance d'une ville port

Le 7 février 1517, François Ier ordonne la création d’un port fortifié au "lieu de Grasse" puis signe le 8 octobre de la même année, les chartes de fondation de la ville.
Avant cette date, au Moyen-Âge, l’Estuaire de la Seine est placé sous l’influence des ports d’Harfleur et d’Honfleur. Leur envasement conjugué aux ambitions territoriales et à l’essor commercial favorise la naissance d’un nouveau port, plus grand et pouvant répondre aux opportunités économiques et aux besoins défensifs du royaume. Le site d’implantation du nouveau port, au nord de l’embouchure de la Seine et déjà connu sous le nom de Havre de Grâce est choisi pour des raisons stratégiques. Le port devient ensuite une ville de fondation royale au XVIe siècle et François Ier confie le projet d’urbanisme et de fortification à l’architecte italien Girolamo Bellarmato.
À partir du XVIIIe siècle, le port militaire décline au profit du commerce maritime : l’enrichissement des armateurs par le commerce, notamment du café, du coton et du chocolat, et plus marginalement du commerce triangulaire, engendre une prospérité sans précédent. Cette croissance encourage la construction d’une ville neuve au Nord et le percement de bassins dédiés au négoce à partir de 1787. Mais sous la pression d’un centre toujours surpeuplé, l’arasement définitif des enceintes remplacées par de grands boulevards est décidé sous le Second Empire. Le système défensif de la ville repose désormais sur une ceinture de forts de type Vauban, dont deux subsistent encore aujourd’hui (le Fort de Tourneville, reconverti en site créatif artistique, "le Fort !", et celui de Sainte-Adresse devenu "Les Jardins suspendus"). Le Havre multiplie sa superficie par cinq, par l’annexion des villages et faubourgs environnants.

© Musées historiques

Le Havre connaît alors un siècle d’âge d’or porté par la Révolution Industrielle et le trafic des matières premières (coton, café, épices, bois exotiques…). Les premiers grains de cafés arrivent des Antilles sur le port du Havre en 1728 ; au début du XXème siècle, l'importation de café vert dépasse les 100 000 tonnes par an, soit 80% des importations françaises (en 1937). Le Havre est toujours le premier port importateur de café en France avec 60% des trafics des ports français.
En 1815, c’est le premier port français de commerce et de négoce de denrées tropicales. Au XIXème siècle Le Havre est une place cotonnière de première importance, entièrement équipée pour le commerce du coton. Jusqu'à la fin des années 1930, la ville est une place forte du négoce, notamment grâce à sa bourse internationale alors la plus importante d'Europe et la seule à pouvoir rivaliser avec celle de New York.
En 1904, les importations de cacao occupent 77% des importations françaises et Le Havre est en 1927, le premier port français des cacaos (70% des importations).
Une période faste pour le commerce havrais qui va se poursuivre jusqu’au début de la guerre 14-18.

© Bibliothèques municipales du Havre

Bains de mer, croisières et épopée transaltantique

Au 19ème siècle, la Compagnie Générale Transatlantique™ devient la ligne phare de l’Europe vers les Etats-Unis. La ville respire alors au rythme des départs et des arrivées (le Normandie, le France). Au 21ème siècle, l’accueil de navires de croisières redevient une activité florissante du port du Havre. Mai et septembre sont les mois les plus chargés de la saison. Les plus grands armateurs inscrivent une escale havraise sur leurs parcours nord-européens ou transatlantiques (Cunard, MSC Croisières, Royal Caribbean International, Costa Croisières).
En 2015, 95 escales ont été accueillies, 126 en 2016, et 148 sont programmées en 2017. En 2016, 280 000 passagers étaient attendus et ont profité de 10 navires en escale inaugurale : Ovation of the Seas, Viking Sea, Koningsdam, Nation Geographic Orion, Disney Magic, Mein Schiff 5, Monarch, Amadea, Norwegian Star et le tant attendu AIDAprima en escale 35 fois. En 2017, 300 000 croisiéristes sont attendus.
L'association French Lines a pour mission la mise en valeur du patrimoine des compagnies maritimes françaises, notamment celui hérité de la Compagnie Générale Maritime (CGM) et de la Société Nationale Maritime Corse Méditerranée (SNCM), elles-mêmes héritières de la Compagnie Générale Transatlantique™ et de la Compagnie des Messageries Maritimes™. Depuis janvier 2016, la Ville, qui accompagne et soutient l’association, lui a proposé d’être hébergée dans les ateliers Louis Richard, le site offrant de bien meilleures conditions de conservation. La French Lines dispose ainsi d’un plateau de 2 500 m2 pour exposer ses chefs-d'œuvre, qui représentent quelque 30 000 objets : 300 maquettes de bateaux, à peu près autant d’ouvrages, 5,5 km d’archives (représentant 255 tonnes !), 80 000 images, 300 films, 600 affiches et 25 000 pièces d'art de la table. Les pièces les plus remarquables sont classées au Patrimoine National de France.

Le début du XXème siècle une période faste... jusqu’à la la Seconde Guerre mondiale

Station balnéaire prisée, la ville voit son front de mer s’urbaniser, porté par la mode des bains de mer qui place Le Havre et ses palaces parmi les destinations de villégiatures privilégiées de la haute société, des artistes les plus renommés et des têtes couronnées d’Europe. L’activité des grands paquebots transatlantiques qui relient Le Havre et New-York est en plein essor… Opérée pendant 150 ans, la ligne mythique Le Havre-New York a forgé la réputation du Havre, notamment grâce aux célèbres "liners" Paris, Ile de France, Normandie et France qui assuraient la rotation entre la Porte Océane et Big Apple. De ce passé prestigieux, Le Havre a conservé un savoir-faire et reste le premier port de croisière français en Manche-Atlantique.

Mais le bilan de la Seconde Guerre mondiale fait du Havre l’une des villes les plus sinistrées d’Europe : l’occupation allemande, mais surtout les bombardements alliés des 5 et 6 septembre 1944 anéantissent le centre-ville du Havre provoquant plusieurs milliers de morts, la destruction de 20 000 habitations et près de 80 000 Havrais sinistrés.

© Bibliothèques municipales du Havre

Le projet de reconstruction institué sous l’égide du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme est confié à l’architecte Auguste Perret. Au sein de son atelier regroupant une centaine d’architectes, il applique les principes de l'Ecole du classicisme structurel, alliant utilisation du béton armé et vocabulaire classique. Cela tout en favorisant les espaces, le confort, la circulation et la lumière. Le Havre devient alors un véritable laboratoire urbain, unique en son genre par : une étendue exceptionnelle, des procédés urbanistiques avant-gardistes, une cohérence constructive inédite et des techniques nouvelles de préfabrication.
Auguste Perret et ses collaborateurs se mobilisent pour y construire 10 000 logements dans le centre-ville. Les immeubles sont érigés selon le même standard, le traitement original appliqué au béton donne des variations de tons en fonction de la lumière. Auguste Perret bâtit des logements neufs, durables, avec des espaces modulables, des cuisines ouvertes, des rangements intégrés, des pièces à vivre lumineuses, des halls d’entrée éblouissants.
Des édifices de premier plan voient le jour ; l’église Saint-Joseph, chef-d'oeuvre de l'architecture Perret dont la flèche culmine à 107 mètres, et qui domine la ville comme un phare ou un gratte-ciel new-yorkais. L’édifice est d'ailleurs considéré dès cette période comme une œuvre architecturale majeure, et inscrit à la liste des Monuments historiques en 1965, soit moins de 10 ans après l'achèvement de sa construction en 1957. L’Hôtel de Ville, retrouvant son emplacement d’avant-guerre, les Immeubles Sans Affectation Individuelle (ISAI) qui encadrent sa place et ses jardins et abritent aujourd’hui l’Appartement Témoin Perret, ou encore la Porte océane et le Front de mer Sud, ouvrant la ville sur la mer et sur le port, constituent les pièces maîtresses de cet ensemble architectural.