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« Rendez-vous le 7 juillet »

Corinne Diacre, sélectionneure de l'Équipe de France féminine - Coupe du Monde Féminine de la FIFA, France 2019™
Corinne Diacre, sélectionneure de l'Équipe de France féminine

Résultats du tirage au sort, objectifs, match amical contre les États-Unis le 19 janvier prochain au Havre, préparation du Mondial, féminisation du sport, etc. Corinne Diacre, sélectionneure des Bleues se confie.

  • lehaver.fr : Quel est votre objectif dans ce groupe* ?

Corinne Diacre : Nous jouerons la Corée du Sud en match d’ouverture du Mondial le 7 juin prochain au Parc des Princes à Paris. Une équipe qui reste sur de bons résultats. Puis, on affrontera la Norvège, première de son groupe de qualifications devant les Pays-Bas, championnes d’Europe, et enfin le Nigéria, championnes d’Afrique. C’est un groupe relevé. Il n’y aura rien de facile mais nous voulons finir premières**.

  • lehavre.fr : Et pour cette compétition ?

C.D. : L’objectif est d’être au rendez-vous le 7 juillet, jour de la finale. Il faut mettre les moyens et l’exigence nécessaire pour arriver à cet objectif. Avoir cette ambition c’est bien, mais n’oublions jamais qu’on n’a rien gagné encore avec l’Équipe de France féminine. Il y a eu trop souvent d’espoirs déçus. On abordera donc la compétition avec beaucoup d’humilité. On sera très attendu et on compte sur l’engouement des supporters pour nous pousser. On aura besoin de cette pression positive.

  • lehavre.fr : Vous connaissez vos adversaires de poule, vous rentrez dans la préparation du Mondial. Quel programme pour ces prochains mois ?

C.D. : On va articuler de manière précise et méticuleuse les six mois qui nous séparent de la Coupe du Monde. On a déjà commencé d’ailleurs. Cela passe par l’observation des matchs de nos adversaires, par l’élaboration du programme de nos matchs de préparation. On va rester sur notre ligne directrice qui est de jouer un maximum de matchs en France d’ici le mois de juin, même si le match contre les États-Unis sera le dernier que nous aurons le droit de jouer sur un site hôte de la compétition. Ces six mois vont passer très vite. Et on a encore du travail. C’est l’exigence du très haut niveau.

  • lehavre.fr : Le 19 janvier prochain, vous rencontrez les États-Unis en match amical sur la pelouse du Stade Océane au Havre. Un vrai test pour les Bleues ?

C.D. : Les Américaines sont tenantes du titre et dominent le classement mondial. Elles restent sur une série de dix victoires consécutives, même si elles n’ont gagné que 1-0 en Ecosse et au Portugal fin 2018. On les avait tenues en échec chez elles au printemps dernier (1-1 lors de la SheBelievesCup) en faisant un match très solide. Depuis, on n’a plus perdu (7 victoires consécutives, 27 buts marqués contre 1 seul encaissé), on montre des choses intéressantes. Et c’est toujours instructif de se mesurer aux meilleures.***

  • lehavre.fr : Ressentez-vous l’engouement des supporters français ?

C.D. : On sent une mobilisation très importante quand on joue dans des villes hôtes de la Coupe du Monde (20 000 spectateurs à Valenciennes et Reims). La ferveur est en train de monter. Preuve en est, les excellents chiffres de démarrage de la billetterie pour l’événement. On aura besoin du soutien des supporters, de cette pression positive qui sera à n’en pas douter d’une ampleur inédite autour de l’Équipe de France féminine. Charge à nous de rester concentrées sur notre objectif. Pour que l’on ne donne pas seulement envie de venir nous voir jouer mais que l’on soit capables de ne pas décevoir tout ce public qui nous accompagnera.

  • lehavre.fr : 121 sélections en Équipe de France, aujourd’hui vous en êtes la sélectionneure, quel regard portez-vous sur l’évolution et la féminisation du foot ?

C.D. : Le regard sur la pratique féminine du football a évolué dans le bon sens. Fini le foot féminin considéré comme dangereux. Beaucoup de parents acceptent de laisser leur fille jouer au foot, même si certaines barrières subsistent. Il faut encore du temps pour les surmonter.
Nous avons aujourd’hui la chance d’être télévisé régulièrement. Il y a dix matchs par saison de l’Équipe de France qui sont retransmis, ainsi que l’intégralité du championnat de D1 féminine. Aujourd’hui on a aussi, grâce au travail de la Fédération et le plan de développement, mais aussi à ce qui se fait dans les Ligues, un accueil des jeunes filles vraiment optimal. Il y a également un travail des clubs qui est remarquable à ce niveau et je tiens à le souligner.

  • lehavre.fr : Et plus généralement, sur la féminisation des sports en France ?

C.D. : C’est un mouvement général et une prise de conscience sociétale de la place de la femme. D’autres disciplines connaissent cette évolution. Le rugby féminin par exemple sort de l’ombre. Mais au-delà de la liberté pour ces femmes de pouvoir pratiquer ces disciplines de la même manière que les hommes, il faut des résultats pour que ces disciplines trouvent une place dans le paysage médiatique. Tout n’est pas gagné, il n’y a qu’à voir les handballeuses. Elles sont championnes du monde et peuvent difficilement faire mieux ; pourtant, elles ont du mal à exister durablement.

*Groupe A : France, Corée du Sud, Norvège et Nigéria.
**Si l’Équipe de France féminine termine en tête de son groupe, elle jouera son huitième de finale au Havre sur la pelouse du Stade Océane.
***Les Américaine présentent un bilan favorable face aux Françaises : 17 victoires, 3 nuls et 4 défaites.

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